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Tribune sur la démocratie locale en Turquie

Turkiye democracy - News 2025

Tribune sur la démocratie locale en Turquie co-signée par les président·es du Congrès, du Comité des Régions, de l’ALDA et du CCRE


Les récentes arrestations et destitutions de maires démocratiquement élus en Turquie, remplacés par des administrateurs nommés, marquent un tournant inquiétant pour la démocratie locale, non seulement en Turquie, mais également pour l’Europe dans son ensemble. Au cœur de la démocratie, il ne s’agit pas seulement de voter : il s’agit de garantir que les personnes élues par le peuple puissent gouverner librement, sans crainte de persécution. Le remplacement de maires élus par voie judiciaire, sans transparence ni respect intégral du droit, soulève de graves questions quant aux normes démocratiques et aux libertés politiques.

Il ne s’agit pas d’un événement isolé. Ce phénomène s’inscrit dans une tendance préoccupante au recul démocratique, qui menace les valeurs fondamentales sur lesquelles l’Europe moderne s’est construite. Après les ravages de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe s’est engagée en faveur de la décentralisation, de la démocratie et des droits humains. La Charte européenne de l’autonomie locale, adoptée en 1985, était une réponse directe aux dérives autoritaires du passé, en garantissant que les gouvernements locaux disposent de l’autonomie nécessaire pour servir leurs citoyens, sans ingérence excessive des autorités centrales. Ce principe de l’autonomie locale est un rempart contre la concentration du pouvoir et une garantie que la démocratie reste enracinée dans le quotidien des citoyens.

Aujourd’hui, ces principes durement acquis sont mis à mal. L’arrestation de responsables locaux en Turquie constitue une violation flagrante des engagements pris par le pays en tant que membre du Conseil de l’Europe. C’est une attaque directe contre les principes consacrés par la Charte et un signal alarmant envoyé à d’autres gouvernements, laissant entendre que de tels agissements pourraient être tolérés.

La démocratie locale est la première ligne de défense de nos libertés. Lorsqu’elle est attaquée, ce ne sont pas seulement une ville ou une région qui en pâtissent, mais bien les fondements mêmes de notre système démocratique. Les maires et élu·es locaux sont les liens concrets entre les gouvernements nationaux et les citoyen·nes, les acteurs qui traduisent les principes démocratiques en actions concrètes – qu’il s’agisse de services publics, de cohésion sociale ou de gestion de crises.

Ignorer la répression des dirigeant·es locaux en Turquie, ce n’est pas seulement faillir à soutenir nos collègues – c’est faillir à défendre la démocratie elle-même. Si l’Europe permet l’érosion de la démocratie locale quelque part sur le continent, elle ouvre la voie à un précédent dangereux.

Les institutions européennes, ainsi que les États membres de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe, doivent adopter une position claire et ferme. La défense de la démocratie ne peut être sélective, ni soumise à des considérations politiques. Le droit pour les citoyens de choisir leurs dirigeant·es – et pour ces derniers de gouverner sans peur – doit être défendu à tout prix.

La démocratie en Europe n’a jamais été acquise : elle s’est construite par la lutte et l’engagement. Face aux menaces actuelles, nous devons faire preuve de la même détermination. L’élection libre des représentant·es n’est pas un privilège, c’est le fondement d’une société juste et stable. Si nous échouons à la défendre aujourd’hui, nous risquons de la perdre demain.

Signataires :

  • Marc Cools, Président du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe
  • Katta Tüttő, Présidente du Comité européen des Régions
  • Nataša Vučković, Présidente de l’ALDA
  • Gunn Marit Helgesen, Présidente du CCRE

Cet article d’opinion a été publié dans EU Observer le 15 avril 2025. Vous pouvez le lire ici.

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Analyse de la politique de cohésion

MFF - Position paper News 2025

Examen à mi-parcours de la politique de cohésion : le verre à moitié vide ou à moitié plein ?


La logique de la dernière communication de la Commission, intitulée « Une politique de cohésion modernisée : l’examen à mi-parcours », est claire et convaincante : les programmes opérationnels des fonds de la politique de cohésion ont été négociés il y a quatre ans, avant une pandémie mondiale, avant le tournant radical de l’emprunt conjoint massif de l’UE, et avant la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine et son impact dramatique sur l’inflation et le coût de la vie.

Comme l’a rappelé le vice-président exécutif Raffaele Fitto aux membres de la commission du développement régional du Parlement européen le 9 avril : le monde a changé, l’Union aussi doit adapter ses priorités et ses politiques.

Cette nouvelle propositionencore une nouvelle modification des règlements de la politique de cohésion en cinq ans — vise à offrir de nouvelles possibilités de dépenses pour les autorités de gestion. Elle le fait en créant de nouveaux objectifs spécifiques et en élargissant le champ des dépenses et bénéficiaires éligibles, en lien avec cinq nouvelles priorités clés identifiées par la Commission :

  1. Compétitivité et décarbonation de l’industrie
  2. Défense et sécurité
  3. Logement abordable
  4. Résilience de l’eau
  5. Transition énergétique

Ces priorités répondent à des enjeux indéniablement urgents : les maires alertent depuis longtemps sur la crise du logement, et les récentes inondations dramatiques à travers l’Europe ont souligné l’urgence d’une gestion de l’eau résiliente au climat.

Dans le même temps, cela reflète également les priorités politiques de la nouvelle Commission : compétitivité et défense. On pourrait se réjouir que leur inclusion dans la politique de cohésion souligne le rôle des gouvernements locaux et régionaux dans la compétitivité européenne, le développement économique local et l’attractivité des territoires.

Et pourtant…

Malgré cette ambition tournée vers l’avenir, l’examen à mi-parcours laisse une impression mitigée : verre à moitié plein ou à moitié vide ? La proposition ouvre certes de nouvelles possibilités de financement, à utiliser sur une base volontaire par les États membres ou régions (selon l’autorité de gestion compétente). Mais à ce stade avancé de la période de programmation, son adoption risque d’être limitée, soulevant des doutes sur la réelle valeur ajoutée de l’ensemble de la proposition.

Il y a aussi un risque de remettre en cause les priorités déjà convenues, en ajoutant de nouvelles activités et bénéficiaires éligibles — avec des conditions très attractives (préfinancement, cofinancement à 100 % de l’UE) — sans budget additionnel.

La Commission semble hantée par sa décision initiale de réduire à deux ans (N+2) le délai pour clôturer les programmes après la période, contre trois ans auparavant (N+3). Et ce, malgré l’assurance des autorités de gestion qui affirment être toujours en mesure de dépenser l’ensemble de leur budget — forts de décennies d’expérience en gestion des fonds de la politique de cohésion. Pour la Commission, ce n’est toujours pas assez rapide.

Avec cette proposition, la Commission ouvre non seulement de nouveaux domaines d’investissement, mais permet aussi à de grandes entreprises — notamment du secteur de la défense — d’accéder aux fonds de cohésion, sans obligation de démontrer leur contribution à la cohésion économique, sociale et territoriale du territoire où elles s’implantent grâce aux investissements de l’UE.

Et ce dernier point pourrait être le changement le plus radical de la politique de cohésion telle que nous la connaissons. Même si l’adoption de cette réforme reste probable limitée du fait de l’engagement déjà important des fonds, il s’agit d’un avant-goût de la proposition de la Commission pour le prochain cadre financier : le retour d’une “politique européenne d’investissement structurel”, mais moins centrée sur les objectifs du traité (cohésion économique, sociale et territoriale), et davantage alignée sur les priorités politiques du moment. Moins de principe de partenariat et de gouvernance à plusieurs niveaux, plus d’ouverture au secteur privé capable de dépenser rapidement de grandes sommes.

Cette communication n’est pas rassurante en matière de respect de la gouvernance à plusieurs niveaux et du principe de partenariat. Comme l’a montré la Facilité pour la reprise et la résilience, il ne suffit pas de mentionner la coopération avec les autorités nationales, régionales et locales. La Commission doit mettre en place des méthodologies et exigences contraignantes pour garantir une gouvernance réelle à plusieurs niveaux. Or, dans cet examen à mi-parcours, la Commission n’encourage même pas les États membres à discuter des possibilités de reprogrammation avec les parties prenantes.

Leçons à tirer

Une politique sérieuse d’investissement structurel ne peut pas être soumise à des modifications réglementaires constantes au sein d’une même période de programmation. La vraie flexibilité ne doit pas venir des changements politiques ponctuels de la Commission, mais bien de la conception des programmes eux-mêmes, avec des priorités d’investissement définies de manière ascendante, portées par les gouvernements locaux et régionaux, qui connaissent le mieux les besoins spécifiques et à long terme de leurs territoires.

Certes, l’UE doit définir de grands objectifs stratégiques tels que la décarbonation de la société, la compétitivité des territoires ou la résilience de l’administration publique. Mais elle doit éviter les concentrations thématiques trop étroites, qui limitent les opportunités d’investissement dans les villes et régions et ne sont pas toujours adaptées aux réalités locales.

Ce n’est qu’à cette condition que le prochain budget européen pourra répondre à la fois aux objectifs communs de l’Union et aux besoins uniques de chaque territoire.

Gouvernements locaux pour l’Ukraine

Bridges of Trust - News 2025

​Les gouvernements locaux au cœur de la résilience, de la reconstruction et de l’intégration européenne de l’Ukraine


AAlors que l’Ukraine poursuit avec courage et détermination sa lutte pour la liberté et la démocratie, les gouvernements locaux et régionaux se trouvent en première ligne de la résilience et de la reconstruction du pays. À travers l’Ukraine, les municipalités jouent un rôle central pour relever les défis posés par les destructions de la guerre, mener les efforts de reconstruction et avancer sur la voie de l’intégration européenne.​

La décentralisation comme fondement de la résilience

La réforme de décentralisation de l’Ukraine, initiée plusieurs années avant l’invasion russe à grande échelle, est devenue l’une des plus grandes forces du pays. Des autorités locales renforcées ont mobilisé les communautés, préservé les services essentiels et dirigé les efforts de reconstruction locale, souvent en partenariat avec les résidents et la société civile. Les municipalités ont assuré l’approvisionnement en eau, en électricité, en fournitures médicales et en abris, même sous occupation et lors de coupures de communication.​

Bridges of Trust : reconstruire l’Ukraine grâce au partenariat avec les municipalités de l’UE

La coopération internationale a renforcé la résilience locale. Des projets tels que « Bridges of Trust« , mené par le CCRE en coopération avec l’Association des Villes Ukrainiennes et avec le soutien du programme U-LEAD avec l’Europe, connectent les municipalités ukrainiennes avec des partenaires européens, favorisant l’échange de connaissances et des projets de reconstruction conjoints. À ce jour, plus de 30 municipalités ukrainiennes se sont associées à des homologues à travers l’Europe, soumettant plus de 40 propositions de projets communs axés sur la reprise et le développement durable.​

Ces partenariats vont au-delà de la solidarité ; ils promeuvent l’apprentissage mutuel, renforcent la gouvernance démocratique et contribuent à l’intégration européenne de l’Ukraine en alignant les pratiques de développement local sur les normes et valeurs de l’UE.​Wikipédia, l’encyclopédie libre

Outils numériques pour la transparence et l’efficacité

Des solutions numériques innovantes jouent également un rôle clé. Le système de passation des marchés électroniques Prozorro assure la transparence et la responsabilité dans les projets de reconstruction. Cet outil augmente non seulement la confiance du public, mais facilite également l’engagement des donateurs internationaux en offrant des données en temps réel sur les projets financés.​

Le portail « Big Recovery » permet à la société civile et aux communautés locales de surveiller les efforts de reconstruction, de signaler les problèmes et de maintenir des normes élevées d’intégrité et d’efficacité. De telles initiatives numériques sont essentielles pour assurer une utilisation efficace des ressources et faire avancer les ambitions d’adhésion de l’Ukraine à l’UE.​

Le CCRE a développé la « Matchmaking Platform« , un outil numérique connectant les villes, municipalités et autorités locales à travers l’Europe, avec un accent particulier sur les communautés ukrainiennes. Cette plateforme en ligne permet des interactions rapides entre pairs, des projets conjoints dans des domaines de coopération clés, l’accès à des opportunités de financement, le partage de meilleures pratiques et améliore la visibilité internationale.​

La voie à suivre

Les gouvernements locaux et régionaux de l’Ukraine sont les moteurs de la reprise, de la résilience et de la réforme. Grâce à des partenariats internationaux, à l’innovation numérique et à l’engagement communautaire via « Bridges of Trust », ils façonnent un avenir démocratique et européen pour l’Ukraine. Alors que le CCRE et ses membres continuent de soutenir l’Ukraine, appuyer les municipalités dans leurs efforts reste essentiel pour une Europe unie et résiliente.​

Pour en savoir plus, consultez l’article de GMF :​ https://www.gmfus.org/news/defending-democracy-ukraines-resilient-reconstruction-1 

Pour plus d’informations, contactez :