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Leçons tirées du projet FOSTER sur le climat

Climate - News

Atténuer les effets du changement climatique : quel rôle pour la démocratie participative ? Leçons tirées du projet FOSTER


Le 9 juin 2026, le projet FOSTER a réuni de nombreux acteurs politiques, chercheurs, organisations de la société civile et citoyens européens, à l’occasion d’une conférence en ligne visant à répondre à la question suivante : comment les communautés locales peuvent-elles renforcer leur résilience face aux impacts à long terme du changement climatique grâce à la participation démocratique ?

Organisé par la fondation Foster Europe, partenaire du projet, cet événement a offert une occasion unique de présenter les résultats obtenus tout au long du projet FOSTER, tout en favorisant un débat plus large sur le rôle de la démocratie participative, de la prospective stratégique et de la gouvernance collaborative dans la réponse aux défis liés au climat.

Une partie de la Conférence a été consacrée à la présentation des parcours locaux élaborés par les partenaires du projet FOSTER : l’Association des communes roumaines, membre du CCRE (Roumanie), le Réseau de recherche comparative – CRN (Allemagne), Foster Europe (Autriche), IASIS (Grèce), l’Istituto per la Ricerca Sociale – IRS (Italie), NOTUS (Espagne), l’Union des collectivités locales bulgares de la mer Noire – UBBSLA (Bulgarie), avec le soutien d’ALDA et du CEMR.

Les participants ont eu l’occasion d’apprendre des études de cas du projet, d’échanger leurs points de vue et de réfléchir aux enseignements tirés du projet. Les présentations ont montré comment la « prospective stratégique » peut devenir un outil puissant permettant aux communautés d’anticiper les défis futurs et de les transformer en opportunités d’action collective, et ont mis en évidence à la fois le potentiel et les défis de la gouvernance climatique participative.

Malgré la diversité des contextes locaux, plusieurs défis communs ont émergé des études de cas. Les participants ont souligné la vulnérabilité croissante des zones urbaines face aux phénomènes météorologiques extrêmes, la répartition inégale des infrastructures vertes, la nécessité de protéger et de revitaliser les espaces publics, ainsi que l’importance de veiller à ce que les mesures d’adaptation au changement climatique tiennent également compte de l’inclusion sociale et de la qualité de vie.

La prospective stratégique, un outil clé pour impliquer les acteurs locaux

Les parcours locaux du projet FOSTER ont démontré comment la prospective participative accompagne les communautés à dépasser les solutions à court terme et à s’engager dans une réflexion à plus long terme. À travers des ateliers, des exercices d’élaboration de scénarios et des activités de co-conception, des citoyens, des organisations de la société civile et des autorités locales ont travaillé ensemble pour identifier les risques futurs et développer des solutions ancrées localement. De nombreuses solutions ont été élaborées, telles que le verdissement urbain, la création d’espaces publics résilients au changement climatique, des stratégies de logement durable, en passant par des mécanismes de gouvernance renforcés et de nouvelles formes de participation citoyenne.

Le projet a également mis en évidence l’importance de la confiance entre les citoyens et les institutions publiques. L’implication directe des représentants municipaux dans le processus participatif a contribué à instaurer un dialogue constructif et à renforcer la légitimité des solutions proposées. Les participants ont également reconnu que le maintien de l’engagement des participants sur le long terme restait un défi. Les partenaires du projet ont en effet mis en avant un phénomène de lassitude. Les discussions ont confirmé que les citoyens sont disposés à s’impliquer dans la prise de décision liée au climat lorsqu’ils comprennent clairement l’objectif du processus et que leurs contributions se traduisent par des actions concrètes.

Un autre enseignement tiré de la conférence et du projet est que les processus participatifs ne suffisent pas seuls. Pour sécuriser un impact à long terme, il faut assurer un engagement institutionnel, des cadres juridiques favorables, une coordination entre les parties prenantes et des mécanismes garantissant la mise en œuvre des solutions élaborées de manière collaborative. Comme l’ont fait remarquer plusieurs intervenants, la participation est plus efficace lorsqu’elle fait partie intégrante de la gouvernance plutôt que de constituer une activité isolée au sein d’un projet.

L’ensemble de ces contributions a renforcé l’un des messages clés issus du projet FOSTER : pour lutter contre le changement climatique, il faut mettre en œuvre des modèles de gouvernance alliant une vision à long terme, la participation des communautés et une collaboration intersectorielle. La résilience des communautés se construit grâce à des processus décisionnels inclusifs qui permettent aux citoyens d’anticiper et de façonner activement leur avenir, tout en co-créant des réponses concrètes et inclusives.

Enregistrements de la Conférence

Session de l’après-midi

Session du matin

Breakout room

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Compte à rebours avant la publication du nouveau rapport TERRI

Terri report - News 2026

Réflexions sur la signification de la gouvernance locale face aux défis actuels

429 mots
2–3 minutes

Les collectivités locales et régionales en Europe subissent une pression croissante. Budgets restreints, pénurie de personnel, besoins sociaux en hausse, enjeux climatiques et transformation numérique les incitent à repenser la prestation de leurs services et l’allocation de leurs ressources afin de répondre à des besoins locaux de plus en plus diversifiés. Parallèlement, les citoyens attendent des services plus réactifs, accessibles et adaptés aux réalités locales.

Ces questions ont été au cœur d’une récente réunion du groupe d’experts sur la gouvernance et la démocratie locale du CCRE, d’où un constat essentiel s’est dégagé : la gouvernance ne se résume plus à déterminer les responsabilités de chacun. Elle concerne de plus en plus la manière dont les différents niveaux de gouvernement collaborent et leur capacité à le faire efficacement.

Adapter la gouvernance aux nouvelles réalités

Partout en Europe, les gouvernements mettent en œuvre diverses réformes : décentralisation, restructuration territoriale, coopération intercommunale et consolidation administrative. Les approches varient, mais l’objectif est souvent le même : garantir que les institutions publiques puissent s’adapter à un monde en constante évolution.

Mais la réforme ne se résume pas à un simple remaniement des structures. Elle soulève des questions fondamentales : les responsabilités sont-elles clairement définies ? Comment les gouvernements peuvent-ils renforcer leurs capacités tout en restant responsables ? Et comment les réformes peuvent-elles améliorer les services sans compromettre la légitimité démocratique ? En définitive, les acteurs de terrain qui fournissent les services doivent avoir voix au chapitre dans l’élaboration des réformes, faute de quoi celles-ci risquent de se réduire à de simples ajustements administratifs plutôt qu’à de véritables améliorations.

Suivi des changements

C’est en partie pour cette raison que le CCRE suit l’évolution de la gouvernance à travers son rapport TERRI (Territorial Governance, Structures and Reforms). La précédente édition, publiée pendant la pandémie de COVID-19, analysait l’impact des dispositifs de gouvernance sur la gestion de crise. La prochaine édition, attendue cet automne, portera sur la politique du logement et examinera le partage des responsabilités entre les niveaux national, régional et local afin de répondre à la demande croissante dans un contexte de ressources limitées.

Ce rapport n’apportera pas toutes les réponses, mais il saisira un aspect de la situation à un moment donné. À travers des systèmes très différents, une leçon se dégage : la réforme n’est pas une fin en soi. Le véritable critère est de savoir si elle rend l’action publique plus efficace et plus légitime – et c’est ce que le CCRE continuera de suivre.

Consultez le dernier rapport TERRI du CCRE ici : https://terri.cemr.eu/fr/

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Le secrétariat du Hub de partenariat européen en Ukraine

Le CCRE renforce son rôle de plateforme européenne pour la coopération municipale avec l’Ukraine.


Une mission d’une semaine à Kyiv, menée par le secrétaire général du CEMR, Fabrizio Rossi, et le directeur des projets et programmes, Durmish Guri, a réaffirmé le rôle du CCRE en tant que structure facilitatrice du Hub de partenariat européen (EPH), pour la coopération municipale internationale en soutien au redressement, à la résilience et à l’intégration européenne de l’Ukraine.

Bien que l’engagement du CCRE en Ukraine remonte à 2002, cette visite s’inscrit dans un cadre stratégique majeur : le Pôle de partenariat européen (EPH), soutenu par l’UE et ses États membres via le programme U-LEAD with Europe. L’EPH, développé conjointement avec les acteurs de la communauté Bridges of Trust, vise à développer, structurer et coordonner les partenariats municipaux internationaux entre les municipalités européennes et ukrainiennes.

Alors que des centaines d’initiatives de coopération bilatérales et multilatérales sont déjà en cours et que la demande de soutien ne cesse de croître, le Secrétariat du Programme européen de santé publique (EPHS) assure la coordination cohérente à l’échelle européenne nécessaire pour harmoniser les actions des acteurs et éviter les doublons. Cette approche répond mieux aux besoins sur le terrain et répond directement à l’appel à l’action lancé lors de la Conférence sur le redressement de l’Ukraine à Berlin, qui préconisait la création d’un guichet unique dédié.

Principaux enseignements de la visite en Ukraine

Fédérer les associations nationales de gouvernements locaux et régionaux.

En une seule journée, le CCRE a tenu des réunions bilatérales avec les quatre associations nationales ukrainiennes : l’Association des villes ukrainiennes (AUC), l’Association panukrainienne des communautés (VAG), l’Association ukrainienne des conseils de district et régionaux (UAROR) et l’Association des communautés territoriales fusionnées (AAATC). Chaque association représente un segment distinct de la gouvernance locale, des villes et communautés urbaines aux districts, régions et hromadas rurales. Le CCRE a discuté des synergies et des priorités individuelles, exploré les pistes de collaboration et organisé d’autres réunions conjointes afin de renforcer la dynamique collective. Ces échanges ont mis en lumière la nécessité de consolider la coopération entre les associations et le CCRE dans la perspective du prochain cadre financier pluriannuel (CFP) et de développer une action commune en 2026, axée sur trois priorités : le financement européen post-2027 pour les collectivités territoriales, des positions communes sur l’adhésion de l’Ukraine à l’UE et le processus de relance, et le plaidoyer en faveur de la décentralisation.

Échanges avec des responsables locaux clés : Klitschko, maire de Kyiv, et Pikula, adjoint au maire du conseil municipal de Marioupol.

Une rencontre avec le maire de Kyiv et président de l’Union des villes ukrainiennes (UUC), Vitaliy Klitschko, a permis de faire le bilan de plus de vingt ans de coopération et d’évoquer la solidarité concrète dont les villes ukrainiennes ont besoin de la part de leurs homologues européens. Le maire Klitschko a particulièrement salué les déclarations annuelles du CCRE et son engagement international constant en faveur des maires détenus.

La rencontre avec Olha Pikula, adjointe au maire du conseil municipal de Marioupol et porte-parole du CEMR pour l’élargissement de l’UE, a porté sur la nécessité d’une position claire du CEMR concernant l’Ukraine dans le cadre du prochain cadre financier pluriannuel, afin de garantir que la situation spécifique de l’Ukraine soit pleinement prise en compte dans les approches politiques et de financement.

Dialogue avec les ministères ukrainiens et la délégation de l’UE en Ukraine

Les rencontres avec la délégation de l’UE en Ukraine, notamment avec le chef de la coopération, Stefan Schleuning, et le vice-ministre du Développement des collectivités territoriales, Oleksii Riabykin, ont transmis un message politique clair : le redressement et l’adhésion de l’Ukraine ne pourront aboutir que si les collectivités locales et régionales sont systématiquement impliquées. Une attention particulière a été portée au chapitre 22 relatif à la politique de cohésion, qui place les municipalités et les régions au cœur de la mise en œuvre, ainsi qu’à l’urgence de clarifier les modalités d’accès des collectivités locales au troisième pilier du mécanisme pour l’Ukraine.

En coordination avec les acteurs de la communauté Bridges of Trust travaillant en Ukraine

Une rencontre avec Expertise France, acteur clé de la Communauté Bridges of Trust, a illustré l’étendue du rôle de coordination d’EPHS. Les discussions ont porté sur la préparation de la Conférence sur la relance de l’Ukraine et sur la nécessité d’une approche plus coordonnée de la coopération municipale internationale dans le cadre de l’UE. Cette mission a également permis de collaborer avec l’équipe U-LEAD with Europe en Ukraine, qui a co-organisé et soutenu la visite tout au long de la semaine.

Qu’est-ce que la coopération municipale internationale et pourquoi est-elle importante aujourd’hui en Ukraine ?

La coopération municipale internationale désigne des partenariats structurés entre administrations locales et régionales, au-delà des frontières, favorisant l’échange de connaissances, le renforcement institutionnel, le développement des capacités et la résilience démocratique. En temps normal, ces partenariats permettent aux municipalités de partager leur expertise et d’améliorer les services publics.

Dans le contexte actuel de l’Ukraine, elles revêtent une fonction supplémentaire et urgente : ce sont des instruments de résilience, de reconstruction et d’intégration européenne, construits à partir de la base.

Si le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’UE se négocie aux niveaux européen et national, sa mise en œuvre et sa crédibilité reposent principalement sur les acteurs locaux. Les municipalités et les régions sont responsables de la fourniture des services essentiels en temps de guerre, de la reconstruction des infrastructures, du soutien aux personnes déplacées et de la mise en œuvre des réformes administratives et de gouvernance qu’exige l’adhésion à l’UE. Leur pleine participation au processus d’adhésion est indispensable.

La nécessité d’une approche coordonnée

Les réunions ont confirmé que le Pôle de partenariat européen est de plus en plus reconnu comme une priorité stratégique. La délégation de l’UE en Ukraine a exprimé son ferme soutien au développement du Pôle en tant que centre d’expertise sur la coopération municipale internationale avec l’Ukraine, couvrant les politiques de l’UE, la décentralisation, la gouvernance locale et le renforcement des capacités.

Le contexte politique rend cette ambition à la fois opportune et nécessaire. La reprise de l’Ukraine ne sera crédible, efficace et durable que si elle est co-construite avec les autorités locales et les partenaires. Le CEMR, qui héberge le secrétariat du Pôle de partenariat européen, et les acteurs de la communauté Bridges of Trust, sont bien placés pour y contribuer.

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Violence croissante contre les élus locaux

ODELL webinar news 2026

Les conclusions préliminaires de l’étude ODELL indiquent une augmentation des violences contre les élus locaux à travers l’Europe


Les premiers résultats présentés lors du webinaire de l’Observatoire européen pour la défense de la démocratie au niveau local (ODELL), le 21 mai 2026, indiquent une augmentation des violences et des intimidations à l’encontre des élus locaux en Europe. Les attaques visent fréquemment le domicile et les biens des personnalités politiques, et l’ampleur, largement sous-estimée, des abus en ligne suscite une inquiétude croissante. Ce webinaire a réuni des décideurs politiques, des chercheurs et des élus locaux, et a permis de combiner les données émergentes de l’Université Bocconi avec les témoignages d’élus et d’acteurs institutionnels œuvrant pour la résilience démocratique et la sécurité dans la vie politique.

Un phénomène visible, mais seulement la « partie émergée de l’iceberg ».

Les données actuellement en cours de constitution pour le premier rapport annuel d’ODELL s’appuient sur la presse locale et les archives de rapports nationaux afin de recenser les incidents documentés tels que les agressions, les menaces et les incendies criminels visant des élus locaux. Gianmarco Daniele, directeur exécutif de l’unité CLEAN de l’université Bocconi et professeur associé à l’université de Milan, a expliqué la démarche, soulignant que les chiffres sont fiables pour les incidents graves, mais ne peuvent pas inclure systématiquement les violences en ligne : « Il s’agit de la partie émergée de l’iceberg, car la violence englobe d’autres types d’attaques, comme les cyberattaques », qui sont généralement sous-déclarées.

Plus de 1 000 attaques — et ce nombre ne cesse d’augmenter

Daniele a déclaré que les données présentées jusqu’à présent « reposent sur plus de 1 000 attaques violentes en Europe au cours des six dernières années », soulignant qu’il s’agit d’un problème non seulement européen, mais aussi mondial. Dans l’échantillon européen présenté, l’Italie enregistre le plus grand nombre d’incidents, suivie de la France. L’Allemagne, la Grèce et l’Ukraine figurent également parmi les pays affichant des chiffres élevés. Il a également décrit une augmentation au fil du temps, notamment une hausse en 2023 « principalement due à la France ».

Les attaques contre les biens sont prédominantes

Les schémas observés suggèrent que l’intimidation des personnalités politiques passe souvent par leur entourage. « Le type d’attaque le plus fréquent vise les biens privés des personnalités politiques, généralement des incendies criminels de leur domicile ou de leur véhicule », a déclaré Daniele. « Vient ensuite les attaques contre les biens publics et les agressions physiques contre les personnalités politiques. »

Pour Filiz Ceritoğlu Sengel, maire de Selçuk et porte-parole du CEMR pour la démocratie locale, cela reflète une vulnérabilité structurelle au niveau le plus proche de la gouvernance : « Les élus locaux sont le lien démocratique le plus direct avec les citoyens. Ils sont accessibles, visibles et responsables, mais cela les rend de plus en plus vulnérables. »

Les femmes sont confrontées à des risques nettement plus élevés

Bien que les informations relatives au sexe soient souvent absentes des descriptions d’incidents, Daniele a mis en lumière les résultats d’une étude italienne distincte : « Les femmes maires ont trois fois plus de risques d’être agressées que les hommes, et cela est particulièrement vrai juste après leur élection. »

L’impact sur la participation politique a été souligné par Flo Clucas, conseillère municipale de Cheltenham et présidente du Comité permanent pour l’égalité du CEMR, qui a établi un lien entre l’intimidation – notamment en ligne – et la décision de se maintenir ou non en fonction : « C’est là que commence la démocratie et c’est là, si nous n’y prenons pas garde, qu’elle s’achève.» Elle a ajouté : « Nombre d’élus locaux ne se représentent pas : environ 56 % au Royaume-Uni pourraient ne pas se représenter. »

Les périodes électorales accroissent les risques – en fonction de la force des institutions

Une autre tendance évoquée concernait le calendrier électoral. Daniele a expliqué que les premières analyses suggéraient que les attaques étaient plus fréquentes « juste avant et juste après les élections », mais que ce schéma dépendait du contexte : « Il existe une forte corrélation, mais cela dépend de la solidité de la démocratie dans le pays. »

Les abus en ligne amplifient la menace

Plusieurs intervenants ont souligné que le harcèlement en ligne est répandu, mais reste mal recensé par les systèmes de signalement. Daniele a fait remarquer que, concernant les attaques en ligne, « une infime partie seulement est signalée à la police ». Clucas a décrit comment l’exposition numérique quotidienne peut être instrumentalisée : elle offre à ceux qui veulent intimider les conseillers « une méthode sans aucun moyen de les identifier ». Elle a établi une distinction entre débat démocratique et harcèlement : « Il arrive que la liberté d’expression ne soit pas une liberté d’expression, mais une intimidation… une menace… un harcèlement moral. »

Du point de vue du Conseil de l’Europe, Bryony Rudkin, adjointe au maire d’Ipswich et co-rapporteuse de la résolution du Congrès du Conseil de l’Europe intitulée « Lutter contre la violence à l’encontre des élus locaux et régionaux », a averti que les discours de haine en ligne reflètent un climat plus général : « Les gens se cachent derrière l’anonymat d’un clavier et disent tout ce qui leur passe par la tête. »

Améliorer les données et les réponses politiques

Les participants ont souligné que les solutions reposent sur des données probantes, même lorsqu’il est difficile de les recueillir. Fabrizio Rossi, secrétaire général du Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE), a affirmé que cette difficulté justifie précisément l’importance de cette initiative : « La collecte de données est complexe. Mais c’est la raison d’être d’ODELL. Nous innovons.» Il a ajouté que l’objectif est de « fournir des éléments probants » et de « commencer à collecter des données et des informations afin d’élaborer les solutions les plus pertinentes ».

Daniel Fleischer-Ambrus, chef d’équipe Démocratie à la DG JUST de la Commission européenne, a déclaré : « La sécurité politique est une priorité absolue pour nous », évoquant le Bouclier européen de la démocratie et les travaux en cours de la Commission sur des outils pratiques. Il a souligné que des lignes directrices, des listes de contrôle et des boîtes à outils devraient être disponibles avant la fin de l’année.

Un impact direct sur la démocratie

Sharon Pia Hickey, chargée de programme pour la gouvernance constitutionnelle et l’État de droit à International IDEA, a replacé le problème dans le contexte plus large des évolutions démocratiques, remerciant ODELL d’avoir « mis en lumière l’ampleur, la gravité, la typologie et les nuances » des difficultés rencontrées par les élus. Elle a décrit les violences à leur encontre comme « une manifestation majeure du recul démocratique, notamment au niveau local ».

Sengel a également mis en garde contre les conséquences démocratiques de l’intimidation qui pousse les gens à se retirer de la vie publique : « Lorsque les représentants élus sont contraints au silence, dissuadés de se présenter aux élections ou forcés de se retirer, les fonctions de la démocratie locale sont affaiblies. »

Une responsabilité collective

En clôture de l’événement, Eider Inuntziaga, conseillère municipale de Bilbao et porte-parole du CEMR pour la démocratie locale, a déclaré que la session avait permis de clarifier « l’ampleur et les tendances » du problème et de créer un espace de dialogue pour trouver des solutions. Elle a insisté sur l’importance de la sécurité politique comme condition de participation : « La démocratie locale ne fonctionne que si les citoyens se sentent en sécurité pour défendre la démocratie et faire entendre leur voix, car sinon, personne n’osera jamais rendre publique une opinion ou une décision. »

Inuntziaga a ajouté que l’intimidation a des conséquences qui dépassent largement le cadre individuel : « Tous ces problèmes influencent notre façon de travailler ; ils détournent l’énergie des priorités et affectent la qualité de nos décisions et de la démocratie.» Elle a précisé que le premier rapport annuel présentera les résultats de la première année du projet à Bilbao le 2 octobre 2026.

European Observatory for the Defence of Democracy at the Local Level
Brussels, 11/12/2025 – Launch of the European Observatory for the Defence of Democracy at the Local Level – ODELL © Elio Germani 2025

À propos d’ODELL

L’Observatoire est un partenariat entre le Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE), la municipalité de Bilbao et l’Association des communes basques (EUDEL), avec le partenariat scientifique de l’Université Bocconi et le soutien du gouvernement basque. Il œuvre à sensibiliser à ce défi croissant en produisant des données et des preuves fiables, en partageant les meilleures pratiques de bonne gouvernance, en promouvant une action institutionnelle coordonnée et en favorisant la collaboration entre les élus locaux et régionaux.

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Quand les élus locaux sont pris pour cible

European Observatory for the Defence of Democracy at the Local Level

Pourquoi la protection des élus locaux est essentielle pour préserver la confiance, la stabilité et la résilience démocratique à travers l’Europe


Partout en Europe, les élus locaux sont confrontés à une pression croissante, au harcèlement et à la désinformation, à un moment où les communautés ont plus que jamais besoin d’un leadership de confiance. Dans un nouvel article publié dans Burgemeester (pages 158, 159 et 160), le magazine de l’Association néerlandaise des maires, consacré à la gouvernance locale, à la résilience démocratique et au leadership public. Dans cet article, le CCRE présente le travail de l’Observatoire pour la défense de la démocratie locale au niveau local (ODELL), une initiative européenne créée pour surveiller les menaces pesant sur la démocratie locale, soutenir les maires et les conseillers municipaux, et renforcer la confiance du public grâce à une communication plus claire, un plaidoyer fondé sur des données factuelles et des outils pratiques destinés aux municipalités.

Webinaire « Défendre ensemble la démocratie locale »

Le 21 mai 2026, de 14 h à 15 h 15, le Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE) et les partenaires de l’Observatoire pour la défense de la démocratie locale en Europe organiseront un webinaire en ligne consacré aux menaces croissantes auxquelles sont confrontés les élus locaux et régionaux à travers l’Europe.

La discussion réunira des dirigeants locaux, des experts et des partenaires européens afin d’examiner les défis croissants auxquels la démocratie est confrontée au niveau local, du harcèlement et de l’intimidation à la désinformation et à la perte de confiance du public, tout en partageant des solutions pratiques et des expériences venues de toute l’Europe.

Inscrivez-vous et apprenez-en davantage ici : Webinaire « Défendre ensemble la démocratie locale »

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Webinaire : Défendre ensemble la démocratie locale

ODELL - Democracy news

L’Observatoire européen pour la défense de la démocratie au niveau local présente ses premières conclusions sur les menaces qui pèsent sur les représentants élus locaux.


Le 21 mai 2026, de 14 h à 15 h 15, le Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE) et ses partenaires de l’Observatoire pour la défense de la démocratie locale en Europe organiseront un webinaire en ligne consacré aux menaces croissantes qui pèsent sur les élus locaux et régionaux à travers l’Europe.

Lancé en décembre 2025 par le CCRE, la municipalité de Bilbao et l’Association des municipalités basques (EUDEL), en partenariat avec l’Université Bocconi et avec le soutien du gouvernement basque, l’Observatoire vise à surveiller, analyser et répondre aux pressions croissantes qui affectent la démocratie locale à travers l’Europe.

Ce webinaire présentera les conclusions préliminaires du prochain rapport européen de l’Observatoire, qui analysera les schémas d’intimidation, de harcèlement, de violence et d’attaques visant les élus locaux et régionaux. Ce débat intervient alors que les institutions démocratiques en Europe sont confrontées à une polarisation croissante, à la désinformation et à une baisse de la confiance envers les pouvoirs publics.

Les élus locaux sont souvent en première ligne face à ces défis. En tant qu’échelon de gouvernement le plus proche des citoyens, les municipalités et les régions jouent un rôle crucial dans la préservation de la participation démocratique, de la cohésion sociale et de la confiance du public.

« Les menaces qui pèsent sur la politique locale affectent l’intégrité, la manière dont nous nous exprimons et peuvent réduire les citoyens au silence. Elles peuvent effrayer les élus, voire les pousser à quitter la vie publique », a déclaré Eider Inuntziaga, conseiller municipal de Bilbao et porte-parole du CEMR pour la démocratie locale.

Cet événement réunira des élus locaux, des chercheurs, des organisations internationales et des institutions européennes afin de discuter des moyens de renforcer la résilience démocratique au niveau local et de mieux protéger les personnes exerçant des fonctions publiques.

Parmi les intervenants figurent Filiz Ceritoğlu Sengel, qui ouvrira le webinaire, ainsi que des universitaires et des experts travaillant sur la gouvernance démocratique et la violence politique. Des représentants de la Commission européenne et du Congrès du Conseil de l’Europe participeront également aux débats.

Ce webinaire examinera également les menaces qui surviennent lors des processus électoraux et explorera les réponses politiques possibles face à la violence et à l’intimidation visant les élus locaux.

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Rencontrez Emil Boc (Cluj-Napoca) 

Cluj Napoca - Local Heroes 2026

À la rencontre du héros local : Emil Boc. De la direction nationale à la transformation locale — et un appel à placer les villes au cœur de l’avenir de l’Europe 


Pour Emil Boc, le leadership ne s’est jamais limité à un seul niveau de gouvernance. Ancien Premier ministre de la Roumanie jusqu’en 2012, devenu depuis maire de longue date de Cluj-Napoca, son parcours reflète une continuité rare entre vision nationale et mise en œuvre locale.

Aujourd’hui, alors que l’Europe débat de son prochain budget, le message de Boc est clair : sans les villes et les régions à la table des négociations, le projet européen risque de perdre à la fois en efficacité et en légitimité.

Du Premier ministre au maire : pourquoi la vision passe avant tout 

Les années de Boc en tant que Premier ministre ont profondément façonné son approche de la gouvernance locale.

« La première leçon », explique-t-il, « est qu’aucun pays — et aucune ville — ne peut se développer sans une vision claire, suivie d’une stratégie et d’un plan concret. »

De retour à Cluj-Napoca après son passage au niveau national, il a appliqué cette logique avec précision. La ville a identifié son avantage compétitif — les universités, l’éducation et l’innovation — et a construit un modèle de développement fondé sur une économie de la connaissance.

Mais au-delà de la stratégie économique, Boc insiste : le leadership ne se limite pas à l’administration :

« Un leader n’est pas là seulement pour maintenir les services ou nettoyer les rues. Il faut une vision à long terme et la discipline de s’y tenir. »

Transformer Cluj-Napoca en ville pro-européenne

Au cours des deux dernières décennies, Boc a supervisé une transformation profonde.

Autrefois considérée comme l’une des villes les plus eurosceptiques de Roumanie, Cluj-Napoca — une ville d’environ 300 000 habitants située dans le nord-ouest du pays, avec une économie dynamique fondée sur les universités et l’innovation — est aujourd’hui, selon ses mots, « la ville la plus pro-européenne du pays ».

Ce changement ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il s’est construit « jour après jour », en intégrant ce que Boc appelle un mode de vie européen : ouverture, tolérance et coopération — combinés à une utilisation stratégique des fonds de l’UE.

Les résultats sont visibles partout : infrastructures, écoles, transports publics et rénovation urbaine. Pour Boc, il ne s’agit pas de politiques abstraites, mais de preuves concrètes de ce que l’Europe apporte.

« Si quelqu’un me demande pourquoi l’Europe est importante », dit-il, « je n’ai qu’à sortir dehors. Les écoles, les routes, les parcs — ils existent grâce aux financements européens. »

Au cœur de cette transformation se trouve une idée simple : la liberté de rester

« Les gens ne devraient pas être contraints de quitter leur ville ou leur pays pour des raisons économiques. L’Europe doit garantir non seulement la liberté de circulation, mais aussi la liberté de construire une vie chez soi. »

Ce message résonne particulièrement en Roumanie, un pays qui a connu l’une des plus grandes vagues d’émigration au sein de l’Union européenne. Depuis le début des années 2000, des millions de Roumains — dont beaucoup de jeunes, éduqués et mobiles — sont partis étudier et travailler à l’étranger, à la recherche de meilleures opportunités économiques et conditions de vie. Si cette mobilité reflète l’une des libertés fondamentales de l’UE, elle a aussi créé de profonds déséquilibres territoriaux, certaines villes et régions perdant des talents à un moment crucial de leur développement.

Les enjeux du prochain budget de l’UE

Alors que les négociations s’intensifient sur le prochain cadre financier pluriannuel, Boc avertit que le rôle des villes et des régions est loin d’être garanti.

Son inquiétude n’est pas rhétorique — elle est structurelle.

D’abord, il estime que les gouvernements locaux doivent passer d’un rôle consultatif à un véritable pouvoir décisionnel :

« Nous voulons être à la table, pas au menu. »

Une question clé concerne la manière dont la Commission européenne prévoit d’introduire les « contrôles régionaux ». Sans valeur juridique, Boc craint qu’ils ne deviennent un simple exercice administratif plutôt qu’un véritable partenariat.

Sa proposition est claire : une clause de subsidiarité contraignante, garantissant l’implication des municipalités et des régions à chaque étape — de la conception à la mise en œuvre et à l’évaluation — avec la possibilité de rejeter des plans nationaux qui les ignorent.

Ensuite, il s’oppose aux propositions visant à fusionner les fonds de la politique de cohésion avec d’autres priorités, notamment l’agriculture.

« Ce sont deux piliers de l’Union européenne. S’ils sont mis dans le même panier, les villes et les régions risquent d’y perdre. »

Troisièmement, Boc insiste pour que la politique de cohésion reste universelle. Limiter l’accès uniquement aux régions moins développées affaiblirait la capacité de l’Europe à réduire les inégalités sur l’ensemble du territoire.

« La cohésion est la colle qui maintient l’Europe unie — et cette colle est nécessaire partout. »

Enfin, il appelle à inclure des chapitres régionaux dédiés dans les plans nationaux, afin de garantir que les perspectives locales ne soient pas marginalisées.

Du climat à la défense : investir dans les villes, c’est investir dans l’Europe 

Pour Boc, le débat sur le budget de l’UE est avant tout une question de crédibilité.

« L’Europe a la vision. Elle doit maintenant avoir les moyens de la concrétiser. »

Il cite la politique climatique comme exemple concret. Les villes sont appelées à jouer un rôle moteur dans la transition — notamment à travers des initiatives de neutralité climatique — mais sans financements suffisants, ces ambitions risquent de rester théoriques.

Dans le même temps, il souligne l’interconnexion croissante entre les politiques publiques. Les investissements dans les infrastructures urbaines, comme les systèmes de métro, remplissent plusieurs fonctions : durabilité, mobilité et même résilience en temps de crise.

« Regardez comment les métros sont utilisés en situation d’urgence », note-t-il. « Ce n’est pas seulement une politique climatique — c’est aussi une question de sécurité et de préparation. »” 

Une Europe construite avec ses villes

L’argument de Boc est autant politique que financier.

L’Union européenne, affirme-t-il, ne peut pas être réduite à des négociations entre capitales.

« Ce n’est pas seulement une union d’États. C’est une union de municipalités, de régions et de villes. »

Les exclure de la prise de décision affaiblirait non seulement les politiques publiques, mais éroderait également la diversité et la cohésion qui définissent l’Europe elle-même.

Alors que l’UE se projette vers 2034 et au-delà, le message de Boc est à la fois un avertissement et une feuille de route :

Sans des gouvernements locaux forts, il n’y a pas d’Europe forte.

Découvrez notre campagne pour le budget de l’UE et ce que nous avons réalisé jusqu’à présent :

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Rapport TERRI : consultation des membres

Local Alliance - News Section

Bientôt une nouvelle étude du CCRE sur les rôles et les responsabilités


En 2026, le CCRE mettra à jour son étude phare sur les tendances en matière de gouvernance, le Rapport Terri. La précédente édition, publiée en 2021, était axée sur le rôle des collectivités territoriales dans le secteur de la santé publique. La nouvelle édition mettra l’accent sur la politique du logement, un domaine politique qui illustre clairement la manière dont les responsabilités sont réparties entre les différents niveaux de gouvernement et dont une coordination efficace permet d’obtenir des résultats tangibles et d’améliorer le bien-être des citoyens et des communautés locales.

Depuis de nombreuses années, le CCRE suit l’évolution des territoires et de la gouvernance parmi ses membres, analysant l’impact des changements institutionnels et territoriaux sur la démocratie et la qualité des décisions publiques. Les défis en matière de gouvernance devenant de plus en plus complexes et variant d’un endroit à l’autre, les approches traditionnelles descendantes s’avèrent moins efficaces. Une coordination forte entre les niveaux national, régional et local est donc plus importante que jamais.

Outre la mise à jour des données sur les structures de gouvernance et les réformes administratives, l’étude utilisera le logement comme prisme pour examiner comment les compétences, les ressources financières et les capacités de mise en œuvre sont réparties entre les différents niveaux de gouvernement, et ce que cela implique pour remédier aux disparités territoriales et proposer des solutions adaptées à chaque lieu.

Pour soutenir ce travail, les membres du CCRE recevront début mars 2026 un questionnaire détaillé, adressé aux associations nationales et aux experts ayant une connaissance pratique de la politique du logement au niveau municipal ou régional. Le questionnaire est structuré en deux parties :

• La partie I se concentre sur les dispositifs de gouvernance, les compétences et les réformes.

• La partie II examine la politique du logement comme une étude de cas de coopération à plusieurs niveaux.

Il s’agit d’un exercice approfondi, de niveau expert, plutôt que d’une enquête rapide. Les données recueillies constitueront une base essentielle pour le plaidoyer du CCRE en faveur d’une gouvernance multiniveaux et d’une politique du logement efficaces. Les membres disposeront d’environ trois semaines pour répondre.

L’étude devrait être publiée à l’automne 2026, et le CCRE se réjouit de votre participation à ce travail. Votre contribution renforcera notre base de données collective et notre plaidoyer en faveur d’une meilleure gouvernance et de politiques locales plus fortes à travers l’Europe.

Pour plus d’informations, veuillez contacter :

« Les villes sont des laboratoires de solutions »

ODELL - News 2026

Pol Morillas (CIDOB), la députée européenne Hanna Jalloul et des dirigeants locaux réfléchissent à la géopolitique actuelle et à ses effets en Europe, au désordre mondial et à la raison pour laquelle les dirigeants locaux sont plus importants que jamais


À une époque où la politique mondiale est de plus en plus façonnée par les rivalités de pouvoir et la logique du tout ou rien, les villes et les régions peuvent sembler périphériques sur le grand échiquier géopolitique. Mais selon Pol Morillas, directeur du CIDOB (Centre des affaires internationales de Barcelone), cette perception est profondément trompeuse.

S’exprimant lors d’une réunion de la section européenne de CGLU, aux côtés de la députée européenne Hanna Jalloul, vice-présidente de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, et de représentants de municipalités et de régions de toute l’Europe, M. Morillas a présenté un diagnostic pointu de la situation mondiale actuelle et un argument convaincant expliquant pourquoi les dirigeants locaux et régionaux sont des acteurs essentiels dans la réponse de l’Europe à cette situation.

« Nous entrons dans un monde pour lequel nous n’avons pas été préparés »

M. Morillas décrit 2026 comme l’année où la « géopolitique brutale » aura pris toute son ampleur.

Pol Morillas - CIDOB

« Nous ne vivons pas dans le monde que l’Union européenne souhaitait », a-t-il expliqué. « Les marchés ouverts, la mondialisation fondée sur des règles et le multilatéralisme coopératif défendus par l’Europe cèdent la place à la politique de puissance, aux alliances transactionnelles et au retour de l’État en tant qu’acteur dominant. »

*Pol Morillas, directeur du CIDOB (Centre des Affaires Internationales de Barcelone)

Ce changement dépasse le cadre d’une élection ou d’un dirigeant en particulier. Si le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a accéléré cette tendance, Morillas voit une transformation plus large, impulsée par les grandes puissances, notamment la Chine et l’Inde, qui privilégient leurs intérêts nationaux et une concurrence à somme nulle.

Dans cet ordre émergent, les acteurs réagissent différemment. Certains s’adaptent. D’autres résistent, en particulier les mouvements de jeunesse à travers le monde. D’autres encore sont désorientés.

« Et l’Union européenne, note Morillas, navigue dans cette désorientation. » 

Les trois choix stratégiques de l’Europe 

Selon Morillas, l’Europe débat actuellement de trois grandes stratégies : 

  1. Maintenir l’engagement des États-Unis, même si cela nécessite un apaisement tactique, en particulier dans des domaines tels que la sécurité et le renseignement, où l’Europe ne dispose pas d’une autonomie totale.
  2. Construire de nouvelles alliances avec des puissances moyennes telles que le Japon, l’Inde et les pays du Mercosur afin de préserver les éléments d’un ordre fondé sur des règles.
  3. Rechercher une plus grande autonomie, en particulier dans des domaines tels que la technologie et la géoéconomie — même si, comme le souligne M. Morillas, « on parle souvent plus d’autonomie que d’actions concrètes ».

Ces stratégies coexistent, parfois difficilement, alors que l’Europe tente de se redéfinir dans un contexte mondial plus difficile. 

Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. 

De nouvelles opportunités diplomatiques pour les villes et les régions en tant que « laboratoires pour trouver des solutions »

Alors que la géopolitique fait la une des journaux, M. Morillas affirme que certaines des crises les plus urgentes se concentrent dans les villes et les régions, et que c’est précisément là que réside leur importance diplomatique. « Le rôle des villes et des régions sera particulièrement important lorsqu’elles serviront de laboratoires pour trouver des solutions aux crises qui touchent principalement les villes et les régions », a-t-il déclaré.

Il a notamment mentionné :

  • Le logement
  • Le coût de la vie
  • L’énergie
  • La mobilisation des jeunes et la réponse à leurs revendications

« Ces domaines sont loin de la géopolitique brutale et n’ont pas pour principale composante la défense », a expliqué M. Morillas. « Ils constituent des opportunités faciles à saisir pour les villes et les régions qui souhaitent jouer un rôle diplomatique intéressant. »

En d’autres termes, tandis que les États se disputent la sécurité et la domination stratégique, les gouvernements locaux gèrent les pressions quotidiennes qui façonnent la confiance des citoyens dans la démocratie. Leur capacité à innover et à réagir efficacement devient une forme de diplomatie en soi.

Mobilisation des jeunes et réponse démocratique 

M. Morillas a également souligné une tendance mondiale croissante : la résistance des jeunes à des systèmes politiques nationaux perçus comme peu réactifs.

« Nous voyons de plus en plus de jeunes résister à la politique nationale et proposer des modèles alternatifs de compréhension de la société », a-t-il déclaré.

Pour les villes et les régions, cela représente à la fois un défi et une opportunité. Les gouvernements locaux sont souvent les premiers à être confrontés aux revendications des jeunes, qu’il s’agisse de l’action climatique ou de l’accessibilité au logement. La qualité de leur réponse déterminera la résilience démocratique en Europe.

Un monde multipolaire, y compris au niveau local

La fragmentation de l’ordre mondial remodèle également la coopération entre les villes. Le directeur du CIDOB a souligné l’émergence de nouveaux forums au-delà des réseaux traditionnels dirigés par l’Occident, notamment des initiatives liées au BRICS+.

« Ce monde multipolaire existe également au sein des régions », a-t-il observé. « Les villes et les régions européennes doivent être conscientes de l’existence de ces nouveaux forums. »

L’alignement mondial n’est plus seulement l’affaire des ministères des Affaires étrangères. Il se reflète de plus en plus dans la manière dont les villes coopèrent, s’associent et se positionnent sur la scène internationale.

De la consultation à la codécision en Europe 

Plus important encore, M. Morillas considère que les villes et les régions gagnent en importance au sein même de l’architecture européenne. « Ce n’est pas seulement une question qui concerne les États membres », a-t-il affirmé. « Les villes peuvent jouer un rôle important dans l’architecture européenne, parfois seulement en tant que consultées, mais de plus en plus en ayant leur mot à dire sur l’avenir de l’intégration européenne. »

Des initiatives en matière de logement à la transition énergétique urbaine, les débats politiques européens touchent de plus en plus de domaines dans lesquels les villes ont une compétence première.

Pour faire avancer ce programme, le CIDOB a lancé l’initiative «Local Europe» avec le soutien de la mairie de Barcelone, dans le but de renforcer ce que Morillas appelle « l’Europe des villes ».

Le message sous-jacent est clair : l’avenir de l’intégration européenne ne se décidera pas uniquement dans les capitales nationales.

Comment les dirigeants locaux doivent-ils considérer le monde ?

Comment les dirigeants locaux et régionaux doivent-ils alors considérer le monde, et comment sont-ils perçus au sein de celui-ci ?

La discussion a clairement montré que les villes et les régions ne sont plus des acteurs périphériques, mais des piliers centraux de la crédibilité mondiale de l’Europe. 

GUNNARSSON Carola

Comme l’a également souligné Carola Gunnarsson, porte-parole du CCRE pour les affaires internationales et maire de Sala, en Suède, lors de cette session, « les municipalités et les régions ne sont pas de simples exécutants de la politique européenne. Nous sommes les co-créateurs de la crédibilité de l’Europe ».

*Carola Gunnarsson, porte-parole du CEMR pour les affaires internationales et maire de Sala, lors du Sommet des dirigeants en 2025

Dans un environnement géopolitique marqué par les confrontations idéologiques et les tensions démocratiques, la cohérence entre la gouvernance locale et l’ambition mondiale devient décisive. « Si nous voulons que l’Europe soit un acteur mondial fort, nous devons être cohérents tant au niveau international que local », a-t-elle souligné. 

Faisant écho à cet appel à la cohérence, la députée européenne Hanna Jalloul, vice-présidente de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, a souligné l’impact direct des décisions de l’UE sur la vie quotidienne des citoyens.

Elle s’est toutefois interrogée sur le décalage démocratique persistant : « Pourquoi n’avons-nous atteint qu’un taux de participation de 50 % aux élections européennes ? » Selon Mme Jalloul, « de nombreux citoyens ne réalisent pas pleinement à quel point les décisions économiques et agricoles prises ici les affectent directement ».

*Hanna Jalloul, députée européenne et vice-présidente de la commission des affaires étrangères du Parlement européen (photo du Parlement européen)

Au-delà de la politique interne, elle a souligné l’importance de la cohérence dans l’action extérieure de l’Europe. « Nous parlons de paix, mais notre système multilatéral — que nous défendons depuis 1945 — doit être cohérent. » Dans un environnement géopolitique difficile, a-t-elle fait valoir, l’Union européenne doit aligner ses priorités commerciales et son autonomie stratégique sur ses valeurs fondamentales.

Quand le fossé démocratique atteint le niveau local

Ce fossé entre la prise de décision européenne et la perception des citoyens, qui avertit les participants, n’est pas abstrait. Lorsque les gens ont le sentiment que les décisions sont lointaines, floues ou incompatibles avec les valeurs proclamées, la frustration grandit, et elle se manifeste souvent d’abord au niveau local.

*Eider Enunciaga, porte-parole pour la démocratie locale au CEMR et représentante du conseil municipal de Bilbao, lors de l’événement du CEMR pour le lancement de l’Observatoire européen

Comme l’a souligné Eider Enunciaga, porte-parole pour la démocratie locale au CCRE et représentante du conseil municipal de Bilbao, les dirigeants locaux sont de plus en plus confrontés à l’hostilité et à l’intimidation, tant hors ligne qu’en ligne. « L’avenir de nos démocraties en Europe est en jeu ici », a-t-il souligné, notant que les tensions géopolitiques, la désinformation et la polarisation affectent directement les municipalités et les régions.

En réponse à cette pression croissante, le CCRE, en collaboration avec la ville de Bilbao, l’université Bocconi et l’Association basque des communes, a lancé l’Observatoire européen de la démocratie au niveau local. Cette initiative vise à recueillir des données sur les menaces pesant sur les représentants locaux, à identifier les tendances émergentes et à mieux comprendre les facteurs à l’origine des attaques contre les institutions démocratiques.

« En renforçant la démocratie au niveau local, nous renforçons également le projet européen », a conclu M. Enunciaga.

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Global Europe 2028–2034

Global Europe - position paper

Les collectivités locales et régionales au cœur de « Global Europe 2028–2034 » : notre position politique


Alors que l’Union européenne prépare son prochain cadre financier pluriannuel (CFP) pour 2028–2034, l’instrument Global Europe définira l’action extérieure de l’UE pour les années à venir — englobant la coopération au développement, l’aide humanitaire, le soutien à l’élargissement et l’initiative Global Gateway. Découvrez la position politique détaillée de PLATFORMA, qui expose comment cet instrument stratégique devrait être façonné pour favoriser des partenariats mondiaux durables et promouvoir une gouvernance inclusive.

À une époque marquée par des crises mondiales multiples et interconnectées — du dérèglement climatique à la réduction des financements du développement, en passant par l’instabilité géopolitique — le rôle des collectivités locales et régionales (CLR) est plus crucial que jamais. Le document de PLATFORMA repose ainsi sur la conviction qu’une action mondiale efficace commence au niveau local.

Les collectivités locales et régionales en tant que co-décideurs, acteurs de mise en œuvre et partenaires

La position de PLATFORMA part d’un constat clair : malgré leur proximité avec les citoyens et leur connaissance approfondie des contextes locaux, les CLR restent insuffisamment reconnues dans les cadres de l’action extérieure de l’UE. La coalition appelle à ce que l’instrument Global Europe aille au-delà de références symboliques aux « autorités locales » et intègre des mécanismes qui permettent réellement d’autonomiser les CLR en tant que co-décideurs, acteurs de mise en œuvre et partenaires des politiques extérieures de l’UE.

Recommandations clés

Le document formule 9 recommandations principales à l’attention des décideurs européens :

  1. Renforcer la gouvernance multiniveau dans Global Europe et placer les collectivités locales et régionales au cœur du développement territorial ;
  2. Associer flexibilité et simplification à des objectifs ambitieux d’aide publique au développement, tout en renforçant les mécanismes de redevabilité et de transparence ;
  3. Exploiter pleinement le potentiel de Global Gateway grâce à l’implication des collectivités locales et régionales ;
  4. Renforcer l’engagement des délégations de l’UE avec les collectivités locales et régionales ;
  5. Reconnaître et autonomiser les collectivités locales et régionales en tant que partenaires de développement uniques et efficaces dans les contextes fragiles ;
  6. Promouvoir la territorialisation des Objectifs de développement durable afin de parvenir à des sociétés décarbonées et à une justice climatique ;
  7. Impliquer les citoyens par le biais de l’éducation à la citoyenneté mondiale, en tant que composante clé de la coopération décentralisée au développement ;
  8. Promouvoir une gouvernance locale inclusive et participative : autonomiser les jeunes, les femmes ainsi que les groupes défavorisés et sous-représentés ;
  9. Renforcer la gouvernance locale dans le cadre de la politique de voisinage oriental et de la stratégie d’élargissement de l’UE.

À travers ces recommandations, PLATFORMA vise à améliorer la proposition actuelle relative à l’instrument Global Europe, afin qu’elle reconnaisse pleinement et soutienne la contribution des collectivités locales et régionales à l’action extérieure de l’UE, notamment via la coopération décentralisée comme modalité d’aide au développement.

PLATFORMA appelle également la Commission européenne à publier une communication actualisée sur l’implication structurée des collectivités locales et régionales et de leurs associations dans la nouvelle approche (géo)stratégique de l’action extérieure de l’UE.

Lire la position politique complète

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