Rencontrez le héros local : Fabien Pérez, qui fait de Marseille une ville climatiquement neutre
La voie de Marseille vers la neutralité climatique
Marseille est en pleine mutation écologique, amorcée en 2020 avec l’entrée de la lutte contre le changement climatique au cœur du débat politique local. Ce nouvel élan est apparu au moment même où l’Europe renforçait son soutien aux villes pionnières en matière de neutralité climatique, offrant ainsi à Marseille l’opportunité d’accélérer sa transition.
La ville a reconnu que ses défis étaient multidimensionnels. Réduire les émissions de gaz à effet de serre, s’adapter au changement climatique et lutter contre la précarité énergétique figuraient parmi les priorités urgentes. Les responsables locaux ont compris que l’action climatique était indissociable des réalités sociales.
En février 2026, avant les élections locales françaises, nous avons interviewé Fabien Pérez, alors conseiller municipal de Marseille chargé des Fonds européens, afin d’en savoir plus sur cette expérience.
Relier la vision locale à l’ambition européenne
En 2022, Marseille a été sélectionnée parmi 377 candidates pour rejoindre les 100 villes participant à la « Mission de l’UE : Villes neutres en carbone et intelligentes », un moment que Fabien Pérez décrit comme « le début d’un nouveau chapitre dans la transition écologique de Marseille ».
Deux ans plus tard, en 2024, la ville a officiellement reçu le label « 100 villes neutres en carbone » suite à une évaluation de la Commission européenne. Cette distinction renforce non seulement sa visibilité au niveau européen, mais lui donne également accès à une expertise technique et à des financements dédiés pour accélérer sa décarbonation — étapes cruciales vers l’objectif de neutralité climatique de l’Europe d’ici 2050.
Un processus collectif : élaborer un contrat partagé pour une ville climatique
L’un des piliers de cette transformation est le Contrat Ville Climat de Marseille, élaboré en collaboration avec la Métropole Aix-Marseille-Provence, la Région Sud et plus de 250 acteurs privés. Comme l’explique Pérez, « le Contrat Ville Climat a été préparé avec les citoyens, les entreprises, les associations… une feuille de route collective pour décarboner le territoire d’ici 2030 ».
Derrière cette feuille de route se cache un choix politique : abandonner une vision verticale et construire une stratégie partagée qui aborde divers sujets tels que la mobilité, le bâtiment, les énergies renouvelables, l’économie circulaire et les déchets, la nature en ville, l’agriculture urbaine, la mer et le littoral ou l’éducation.
L’élaboration du contrat a également créé un nouvel élan sur l’ensemble du territoire — une volonté de transformer la ville et d’accélérer la transition, conjuguée à la nécessité de sécuriser et de coordonner les ressources financières nécessaires.
Action climatique ancrée dans les réalités marseillaises
La transition écologique de Marseille est façonnée par les défis spécifiques à son territoire. Comme dans de nombreuses villes européennes, le transport routier est une source importante d’émissions. Mais Marseille subit également la pression des activités industrielles qui l’entourent, les émissions liées au transport aérien ou aux chaînes d’approvisionnement alimentaire, et les contraintes géographiques liées à son statut de grand port.
Son appartenance à la région méditerranéenne rend également cette ville extrêmement vulnérable aux effets du changement climatique. Comme l’explique Pérez, Marseille est régulièrement confrontée à des phénomènes météorologiques extrêmes, à la fragilité de ses sols et à un littoral déjà en pleine mutation – et qui continuera d’évoluer dans les années à venir. Ces vulnérabilités ont contraint les autorités locales à adopter une vision à long terme et à se préparer aux défis de demain.
L’urgence sociale est un autre facteur déterminant. Lutter contre la précarité énergétique est devenu non seulement une priorité environnementale, mais aussi un moyen de renforcer la cohésion sociale et d’apporter un soutien concret et significatif aux habitants. « La transition écologique doit aller de pair avec la justice sociale », affirme Pérez.
De la planification à l’action : des projets pertinents sur le terrain
Le label européen a déjà permis de débloquer de nouveaux financements pour la transition de Marseille. Près de 6 millions d’euros sont investis dans des initiatives concrètes et ancrées dans la communauté, notamment :
- Un programme de sensibilisation de proximité (600 000 €), envoyant des ambassadeurs dans les quartiers clés pour travailler directement avec les résidents et les entreprises sur des initiatives écologiques.
- Projet Jet Cities, soutenant les changements dans l’emploi et les compétences induits par la transition écologique (1,5 million d’euros).
- Le projet « Poséidon » (400 000 €) promeut les énergies renouvelables, les systèmes de récupération de chaleur et la rénovation écoénergétique.
- Le projet PeriAsty (1,2 million d’euros) soutient la transition des zones périurbaines d’Europe vers des environnements neutres en carbone, durables et résilients dans des domaines tels que la mobilité.
- Un soutien supplémentaire via le mécanisme ELENA, contribuant au financement de rénovations à grande échelle des bâtiments publics et au développement des solutions d’énergies renouvelables.
Ces premiers projets illustrent comment Marseille passe de la planification à la réalisation, et comment le soutien européen peut aider les collectivités locales à transformer les stratégies à long terme en actions concrètes.
Marseille est également devenue signataire de la Convention des maires de l’UE en 2021, une initiative à laquelle participe également le CEMR. Dans le cadre de cette initiative, la ville a partagé plusieurs études de cas, notamment son plan pour des factures d’électricité à zéro euro, sa stratégie de rénovation des espaces publics, sa stratégie de chauffage urbain et sa stratégie de transformation énergétique communautaire.
Sous l’égide de la Métropole Aix-Marseille-Provence, la ville a participé aux missions de l’UE « Adaptation au changement climatique », une autre initiative à laquelle participe le CEMR, avec un budget de 999 000 € pour un projet combinant partenariats public-privé visant à réduire les émissions de CO₂.
Une ville méditerranéenne capable d’inspirer l’Europe
L’initiative de Marseille dans ce domaine, conjuguée à sa situation géographique et à son identité, en fait un exemple inspirant pour les autres villes européennes. Carrefour méditerranéen majeur, riche de communautés diverses et d’un paysage socio-climatique complexe, elle est confrontée à nombre de défis communs à toutes les villes d’Europe.

C’est pourquoi Pérez souligne l’importance plus large de la ville :
« Mettre en avant des villes représentatives comme Marseille, avec son port méditerranéen, peut inspirer d’autres villes européennes à s’orienter vers la neutralité carbone. »
Marseille démontre que la neutralité climatique n’est pas seulement un impératif environnemental, mais aussi une opportunité de repenser la gouvernance, de renforcer la cohésion sociale et de construire une vision partagée de l’avenir. Son initiative montre comment les villes obtiennent déjà des résultats conformes aux objectifs mondiaux de neutralité climatique d’ici 2050.
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Marseille est membre de l’AFCCRE, l’association française du CEMR.
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