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Antònia Sabartés : « Je souhaite que le CCRE soit courageux et audacieux. »


Antònia Sabartés

Antònia Sabartés a été chef de cabinet de Pasqual Maragall, maire de Barcelone, et président du Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE) de 1992 à 1997. Étroitement impliquée dans la direction de l’organisation pendant une période charnière pour l’Europe, elle a constaté de visu comment le CCRE a contribué à façonner la place des gouvernements locaux et régionaux dans le projet européen.

*Antònia Sabartés – Chef de Cabinet de Pasqual Maragall, Président du CCRE de 1992 à 1997.

Dans cet entretien – enregistré à la Fundació Mies Van der Rohe à Barcelone, reconstruite pendant le mandat de Maragall en tant que maire de la capitale catalane et étroitement liée à l’Union européenne par le biais du Prix de l’Union européenne d’architecture contemporaine – elle revient sur la présidence de Maragall, les moments marquants de cette période et l’héritage qui, selon elle, continue de guider le CCRE aujourd’hui.

Pasqual Maragall : un Européen par conviction et par pratique

Pasqual Maragall a été élu président du CCRE en décembre 1991 à Paris et a pris ses fonctions le 9 mai 1992, à un moment de profonds bouleversements politiques, institutionnels et symboliques pour l’Europe. L’année de sa nomination a coïncidé avec les Jeux olympiques de Barcelone et la ratification du traité de Maastricht, le plaçant – ainsi que le CCRE – au cœur de la transformation européenne.

Pasqual Maragall with Jacques Delors - Arxiu Digital Pasqual Maragall, Fundació Catalunya Europa

En tant que maire de Barcelone, il incarna le rôle international croissant des villes, participant activement à la création d’Eurocités. Son parcours politique et intellectuel conforta cette vision : il avait étudié à Paris, avait été l’élève de Jacques Delors, connaissait des personnalités européennes importantes comme Romano Prodi et était issu d’une famille profondément pro-européenne.

*Pasqual Maragall avec Jacques Delors – Arxiu Digital Pasqual Maragall, Fundació Catalunya Europa

Pour Sabartés, cette combinaison d’expérience et de conviction le prédisposait particulièrement à diriger le CCRE à un moment où les collectivités locales et régionales revendiquaient une voix plus forte en Europe.

Des souvenirs qui ont compté : de Delors à Barcelone au Comité de pilotage à Prague

Certains moments restent particulièrement vivaces dans la mémoire de Sabartés, tant par leur poids symbolique que par leur importance historique. L’un d’eux fut l’investiture officielle de Pasqual Maragall à la présidence du CCRE à Barcelone, lors de la Journée de l’Europe en 1992 – un événement rendu exceptionnel par la présence de Jacques Delors. Ce dernier quittait rarement Bruxelles, et sa décision d’y assister soulignait à la fois l’importance de l’événement et la haute estime portée à Maragall et au CCRE.

Un autre événement marquant fut la réunion du Comité directeur de 1992 à Prague, tenue peu après les Jeux olympiques. Au-delà de son contexte, cette réunion a constitué un tournant pour le CCRE, renforçant sa consolidation interne et élargissant ses ambitions européennes à un moment crucial de transformation pour le continent.

Parallèlement à ces événements emblématiques, Sabartés évoque également des souvenirs plus personnels liés à la présidence de Maragall. Elle confie avoir eu des doutes au départ. Maire aux lourdes responsabilités, elle se demandait s’il pourrait consacrer suffisamment de temps au CCRE. Ces craintes furent rapidement dissipées. Maragall assista à toutes les réunions sans exception et s’investit pleinement dans sa fonction.

Pasqual Maragall avec Josef Hofmann, Conférence ECOS (Prague), dans les années 90. HAEU, CCRE-846

Elle se souvient aussi très bien de l’intense esprit de collaboration qui régnait au sein de l’équipe du CCRE durant ces années. Travaillant en étroite collaboration avec Elisabeth Gateau et Christophe Chaillou, la coordination entre Paris et Barcelone était constante et souvent exigeante. À l’ère pré-numérique, la communication reposait sur les appels téléphoniques et les fax, avec des messages courts parfois échangés plusieurs fois par jour. Réaliser ce qui est aujourd’hui chose aisée grâce à Internet nécessitait alors un véritable niveau de coordination.

Le rôle pertinent de Maragall dans la création du Comité des régions

Sous la direction de Maragall, le CEMR a joué un rôle central durant l’une des phases les plus importantes de l’intégration européenne. L’approbation du traité de Maastricht a ouvert de nouvelles perspectives, notamment la future création du Comité des régions.

*Vue générale dans l’auditorium de la cérémonie de signature du traité de Maastricht. © Communautés européennes, 1992.

L’obtention d’un siège pour le président du CCRE au sein de la première présidence du Comité des régions a constitué un succès majeur. Dès l’approbation du projet de Maastricht et jusqu’à la mise en place du Comité en 1994, le CCRE a œuvré sans relâche pour que les autorités locales et régionales soient prises en compte au sein du nouveau cadre institutionnel de l’UE.

Cet effort a été renforcé par la mise en place d’un Conseil consultatif des autorités locales et régionales par la Commission européenne, en étroite collaboration avec Eneko Landaburu, alors directeur général de la DG REGIO. Ces relations ont permis d’ouvrir des perspectives et de faire reconnaître le CCRE comme un interlocuteur clé.

Un autre accomplissement complexe mais décisif fut la réforme de la Conférence des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe, devenue le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux à deux chambres. Ce processus suscita un débat entre la CCRE et l’Assemblée des régions européennes, présidée par un autre Catalan, Jordi Pujol, alors président du gouvernement catalan.

Tout au long des discussions, les qualités personnelles de Maragall ont fait la différence. Polyglotte, accessible et profondément européen, il possédait un talent unique pour rapprocher les gens par-delà les clivages politiques et culturels, même lorsque leurs points de vue étaient opposés.

Un autre grand accomplissement : une vision qui compte encore

Au-delà des succès institutionnels, Sabartés estime que la contribution la plus importante de Maragall fut d’ordre stratégique et idéologique. Fédéraliste convaincu, il défendait une Europe fondée sur la subsidiarité, la proximité et la citoyenneté à une époque où ce discours était loin d’être dominant.

Il a également joué un rôle déterminant dans la définition du chemin qui allait mener à la création de Cités et Gouvernements Locaux Unis (CGLU). En collaboration avec des maires tels que Jorge Sampaio de Lisbonne, Pierre Mauroy de Lille et les dirigeants de l’IULA, il a œuvré pour l’unification, notamment afin de renforcer la présence des collectivités locales au sein du système des Nations Unies.

*Pasqual Maragall avec Romani Prodí (2004) – Auteur : Bedmar, Jordi. Arxiu Digital Pasqual Maragall

La défense de la Charte européenne de l’autonomie locale comme référence mondiale a permis d’ouvrir des portes et de positionner l’Europe comme un chef de file en matière de démocratie locale, y compris au sein du système multilatéral.

« Courageux et audacieux », voilà ce que le CCRE doit devenir au cours des 10 prochaines années.

Pour l’avenir, Sabartés a une vision claire de ce qu’elle attend du CCRE aujourd’hui. Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les inégalités sociales, les défis migratoires et la montée de l’extrême droite, elle estime que le CCRE doit faire preuve, une fois de plus, de courage.

« Je souhaite que le CCRE fasse preuve de courage et d’audace, comme nous l’avons fait durant les années Maragall », déclare-t-elle. « Il a surtout besoin d’un leadership fort. Si nous n’agissons pas, les gouvernements voisins risquent d’être marginalisés. Nous devons œuvrer pour améliorer la vie des citoyens européens, lutter contre les préjugés et défendre les valeurs auxquelles nous croyons. C’est mon rêve pour le CCRE. »

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