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Rencontrez Ellen van Selm (Purmerend)

Découvrez l’héroïne locale : Ellen van Selm, qui allie le meilleur de la politique locale et européenne.

898 mots
4–6 minutes

Dans cette édition de « Héros locaux », nous nous entretenons avec Ellen van Selm, maire de Purmerend (Pays-Bas), au sujet des défis de la ville, de ses objectifs et de ses réalisations en tant que maire, ainsi que des liens qui unissent sa ville à Bruxelles.

Une ville façonnée par l’eau et la croissance

Purmerend est une ville de 100 000 habitants située juste au nord d’Amsterdam, dans sa grande agglomération. Ses racines, cependant, plongent dans un paysage bien différent.

« Purmerend était autrefois une petite ville de marché située dans une région très humide », explique van Selm. « Les agriculteurs des zones humides environnantes venaient y vendre leurs produits agricoles, leur bétail et leur poisson. » Lorsque les lacs et les zones humides environnantes furent asséchés, la ville devint une importante région de production alimentaire pour Amsterdam, puis, grâce à sa proximité avec la capitale, un lieu de vie de plus en plus prisé.

Cette proximité continue d’influencer le quotidien. Un flux constant de navetteurs fait la navette entre Purmerend et Amsterdam, et la ville a connu une croissance rapide depuis les années 1970. Pour van Selm, cette croissance représente aujourd’hui le plus grand défi de la commune. « Nous souhaitons également préserver le caractère convivial de Purmerend, où la nature, la culture et la vie communautaire ont toute leur place, et où chacun se sent chez soi », explique-t-elle. « Notre principal défi n’est pas simplement de construire davantage de logements, mais de nous développer de manière à améliorer la qualité de vie et à préserver l’identité de Purmerend et de Beemster. »

Aux Pays-Bas, les maires ne sont pas élus

Comme le souligne van Selm, la fonction de maire aux Pays-Bas diffère de celle exercée dans de nombreux autres pays européens. Contrairement à beaucoup de ses homologues européens, elle n’a pas été élue par les habitants, mais nommée par la Couronne. Les municipalités néerlandaises sont administrées conjointement par le maire, les échevins (qui exercent aux Pays-Bas les fonctions de responsables exécutifs et administratifs de la commune) et un conseil municipal élu, chacun ayant des responsabilités distinctes.

« Je n’ai pas de programme électoral à mettre en œuvre », explique-t-elle. « Je vois mon rôle comme celui de rassembler les gens, de créer des liens et de veiller à ce que les intérêts de nos résidents soient entendus dans notre processus démocratique. »

Trois initiatives se distinguent pour van Selm. La première est le pacte régional de Purmerend, un véritable partenariat entre la municipalité, le gouvernement national à La Haye et les ONG locales, tous investissant ensemble dans l’avenir de la région.

La deuxième initiative est le programme « Maire des enfants » de la ville. « Ce programme donne une véritable voix aux enfants de Purmerend et leur apprend qu’ils peuvent faire bouger les choses », explique-t-elle. « Mon objectif est de veiller à ce que leur voix soit également entendue.»

La troisième priorité est la sécurité, une responsabilité qui lui incombe légalement en tant que maire. Purmerend s’est efforcée de rendre les quartiers plus sûrs suite à des incidents impliquant des explosions, et d’améliorer le sentiment de sécurité des femmes dans les espaces publics.

De Purmerend à Bruxelles, et retour

Le rôle local de Van Selm et son travail européen, en tant que membre de la délégation néerlandaise auprès du Comité européen des régions et de sa Commission COTER, sont, selon ses propres termes, « les deux faces d’une même pièce ».

« Mon expérience locale nourrit mon travail à Bruxelles, et ce que j’apprends à Bruxelles profite à ma commune. » Par le biais du COTER, elle participe activement aux discussions sur l’avenir du budget de l’UE et de la politique de cohésion, des sujets qui peuvent paraître abstraits, mais dont elle constate l’impact concret sur le terrain. À Purmerend, le soutien du Fonds social européen a permis de pérenniser le programme municipal pour l’emploi, géré par un organisme local de développement social, assurant ainsi sa continuité d’une année sur l’autre et lui offrant la possibilité d’innover.

Cet échange réciproque s’étend au-delà du Comité des régions. Mme Van Selm participe également à des réseaux européens de villes, comme l’Alliance des villes nouvelles, où elle partage son expérience avec des villes confrontées à des problématiques similaires en matière de logement, de transition énergétique, d’emploi et d’inclusion sociale. Purmerend étant membre de l’Association des communes néerlandaises (VNG), Mme Van Selm est également porte-parole du CCRE pour le logement.

« Ce qui fonctionne dans une ville peut inspirer des solutions dans une autre », explique-t-elle. « Les politiques publiques prennent tout leur sens lorsqu’elles touchent les citoyens et les communautés locales, et les expériences locales deviennent encore plus précieuses lorsqu’on les partage avec d’autres villes et qu’on s’en sert pour façonner les politiques européennes. »

Rester près, regarder vers l’extérieur

Interrogé sur ce qui compte le plus pour un maire aujourd’hui, van Selm insiste sur l’équilibre : rester proche des habitants tout en conservant une vision plus large. « Il faut rester proche de ses administrés, les écouter, comprendre ce qui fait la singularité de sa commune et préserver ce sentiment d’identité. Mais en même temps, il ne faut pas se replier sur soi-même, il faut se demander ce que sa commune peut apporter au pays, à l’Europe et aux autres régions et réseaux avec lesquels elle collabore. »

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Pumerend est membre du CCRE de l’Association nationale des municipalités néerlandaises (VNG).

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Voix de nos 75 ans d’histoire : Anne Marie Jorritsma

Anne Marie Jorritsma

Anne Marie Jorritsma : « C’est au niveau local que les citoyens rencontrent leur gouvernement. »

831 mots
4–5 minutes

Anne Marie Jorritsma est une figure marquante de la vie politique néerlandaise. Elle a été la première femme vice-Première ministre des Pays-Bas (1998-2022), a ensuite présidé le groupe parlementaire de son parti au Sénat et a occupé pendant de nombreuses années le poste de maire d’Almere (2003-2015), période qu’elle considère comme « la plus importante » de sa carrière politique. Parallèlement, elle a été la première femme présidente du CCRE (2013-2015).

Dans cet entretien, enregistré à Almere, Jorritsma revient sur l’évolution de la conception que la Commission européenne se fait des collectivités locales et régionales. Elle partage également son point de vue sur les progrès de l’égalité des genres en politique et explique pourquoi les responsables politiques, à tous les niveaux, ne doivent jamais perdre de vue l’importance du niveau local.

Une place plus importante à la table de l’Europe

Interrogée sur sa principale réalisation durant son mandat de présidente du CCRE, Jorritsma ne cite aucune décision ni campagne en particulier. Elle souligne plutôt un changement d’attitude : les collectivités locales et régionales sont désormais prises beaucoup plus au sérieux par la Commission européenne qu’auparavant.

Selon elle, autrefois, seuls le Conseil et les États membres comptaient à Bruxelles. La situation a changé. Aujourd’hui, affirme-t-elle, on reconnaît de plus en plus que la politique européenne ne peut fonctionner sans le soutien des collectivités locales et régionales, car une ville, une région ou un pays ne peut survivre sans son gouvernement national, et un pays ne peut se gérer seul, sans l’Europe.

Elle considère que la guerre en Ukraine a encore accentué cette prise de conscience, incitant les pays à reconnaître qu’ils ne peuvent relever seuls les défis actuels. Elle constate néanmoins avec un certain regret qu’il faut si souvent une crise pour que cette leçon soit enfin assimilée.

Nommer l’écart entre les sexes et le combler

Jorritsma a été la première femme à occuper le poste de vice-Première ministre aux Pays-Bas, même si, comme elle le dit, elle y pensait rarement à l’époque ; elle travaillait simplement dur et s’efforçait de surpasser les hommes qui l’entouraient. Aujourd’hui, avec le recul, elle constate sans ambages que les progrès en matière d’égalité des sexes en politique sont au point mort, voire en recul à certains égards. Les Pays-Bas n’ont toujours pas eu de femme Première ministre, et même en Europe, où une femme préside la Commission européenne, elle souligne que le sexisme persiste.

Elle se souvient avec une fierté particulière d’une réalisation : en tant que présidente du groupe de son parti au Sénat, elle a instauré la parité hommes-femmes. Une fois cet objectif atteint, explique-t-elle, on a rapidement considéré cela comme normal, mais elle prévient que sans efforts constants, cet équilibre peut tout aussi facilement être rompu. C’est une leçon qu’elle est déterminée à mettre en pratique, en incitant son parti à encourager davantage de jeunes femmes à s’engager en politique et à suivre une formation adéquate.

C’est au niveau local que tout commence

Pour Jorritsma, l’administration locale n’est pas un tremplin vers des fonctions plus importantes ; c’est là que se joue véritablement le travail de la démocratie. La plupart des citoyens ne rencontreront jamais de ministre, souligne-t-elle, mais ils rencontreront leur maire ou se rendront à leur mairie. C’est à ce niveau que les citoyens ont un contact direct avec leurs représentants.

Ce qui la frustre, c’est de voir combien d’hommes et de femmes politiques, une fois arrivés au niveau national, oublient leurs origines locales. Elle espère que dans les années à venir, l’influence des collectivités locales sur les décisions nationales se renforcera, en s’appuyant sur les progrès déjà accomplis, mais qui restent encore beaucoup à faire.

Leçons tirées d’un réseau international

En repensant à ses années au CCRE, Jorritsma décrit cette expérience comme une source d’apprentissage constant. Chaque pays a ses propres spécificités, et le partage de ces expériences, ainsi que des outils pratiques utilisés par d’autres responsables locaux, a été, selon elle, l’un des aspects qu’elle a le plus appréciés.

Elle se souvient d’une leçon particulière tirée de son mandat de maire d’Almere : les dirigeants des grandes villes ont beaucoup à apprendre des maires des petites villes, qui ont tendance à rester beaucoup plus proches de leurs habitants, allant à leur rencontre plutôt que d’attendre un rendez-vous. Elle s’est attachée à faire de même, cultivant un réseau solide parmi les habitants de la ville au lieu de se retrancher derrière les portes de son bureau.

Être maire d’Almere, dit-elle, a été l’étape la plus importante de toute sa carrière politique, et elle espère que les maires de toute l’Europe en viendront à ressentir la même chose pour leurs propres racines locales, et que les hommes politiques nationaux apprendront à le voir de cette façon également.

*Jorritsma a été présidente de l’Association des municipalités néerlandaises (Vereniging van Nederlandse Gemeenten) de janvier 2008 à juin 2015, représentant les intérêts des collectivités locales néerlandaises pendant son mandat de maire d’Almere.

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Voix de nos 75 ans d’histoire : Stefano Bonaccini

75 years - Bonaccini

Entretien avec Stefano Bonaccini – « Une Europe unie ne peut exister sans ses diverses sensibilités territoriales »

608 mots
3–4 minutes

Stefano Bonaccini a présidé le Conseil des communes et des régions d’Europe (CCRE) de 2016 à 2022, dirigeant l’organisation pendant deux mandats consécutifs de trois ans. Fort d’une solide expérience de la gouvernance régionale italienne, ayant été pendant dix ans président de la région Émilie-Romagne et pendant six ans président de l’ensemble des régions italiennes, M. Bonaccini a apporté une connaissance approfondie de l’administration locale à la scène européenne. Aujourd’hui, en tant que député européen, il nous invite à évoquer son expérience, le rôle des collectivités locales en Europe et les défis à venir.

Dans cet entretien, Bonaccini revient sur les défis et les satisfactions liés à la direction d’un réseau continental tel que le CCRE. Il partage son point de vue sur l’importance de la politique de cohésion dans les discussions en cours sur le budget de l’UE et évoque les perspectives d’avenir du CCRE et du mouvement plus large des collectivités locales et régionales au sein du projet européen.

Construire un consensus au sein d’un groupe diversifié de membres

Interrogé sur son meilleur souvenir de ses six années à la présidence du CCRE, Bonaccini ne mentionne aucun événement particulier. Il souligne plutôt ce qu’il considère comme l’une des plus grandes réussites de l’organisation : avoir rassemblé les collectivités locales et régionales de toute l’Europe autour d’un programme commun.

Représenter des membres issus de pays aux traditions politiques, cultures et priorités différentes n’est pas chose aisée. Sous la présidence de Bonaccini, le CCRE a réuni des responsables locaux et régionaux de pays membres et non membres de l’UE, souvent aux points de vue très divergents sur les questions clés.

Malgré de longs débats, Bonaccini se souvient avec fierté que la quasi-totalité des décisions et objectifs majeurs a été soumise au vote et adoptée à l’unanimité. Pour lui, cette capacité à trouver un terrain d’entente est l’un des atouts majeurs du CCRE et une des raisons principales pour lesquelles l’organisation est restée une voix influente auprès des collectivités locales et régionales en Europe tout au long de ses 75 ans d’existence.

Maintenir la pertinence de la gouvernance locale dans les discussions sur l’UE

S’appuyant sur son expérience en tant que président du CCRE, Bonaccini souligne l’importance d’organisations telles que le CCRE dans la formation des débats européens.

Selon lui, les décisions prises au niveau de l’UE ne peuvent être efficaces que si elles tiennent compte des réalités de terrain des villes, des communes et des régions. Cela est particulièrement vrai pour les discussions en cours sur le prochain budget de l’UE, où il affirme clairement qu’« on ne peut exclure la politique de cohésion », car « cela reviendrait à exclure les régions et les communes de la planification des fonds européens ». « Lorsqu’elles sont planifiées et discutées en concertation avec les territoires, ces politiques peuvent offrir des opportunités aux citoyens », conclut-il.

Une vision pour un continent plus vaste, plus juste et plus cohésif

Pour la prochaine décennie, Bonaccini esquisse une stratégie claire et ambitieuse pour l’avenir du CCRE. Il souhaite voir la famille des territoires, villes et régions européens s’agrandir encore davantage, en accueillant une plus grande diversité de voix locales.

Parallèlement, il estime que le CCRE doit continuer de plaider en faveur d’une Europe qui collabore étroitement avec ses gouvernements locaux et régionaux. Quelle que soit leur complexité politique, les dirigeants nationaux et européens doivent reconnaître que nombre des défis actuels ne peuvent être relevés que par une coopération et une solidarité renforcées à l’échelle du continent.


Stefano Bonaccini est membre du CEMR, l’association nationale italienne de l’AICCRE.

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Voici Bart Somers (Malines)

Bart Somers Interview 2026

Rencontrez le héros local : Bart Somers, qui prouve que l’avenir de l’Europe se construit localement.

985 mots
4–6 minutes

Quand Bart Somers parle de gouvernement local, une idée revient sans cesse : c’est à ce niveau que l’on peut vraiment faire la différence.

Il a été maire de Malines en Belgique pendant 26 ans, un mandat qui s’est déroulé en parallèle d’une carrière politique nationale l’ayant mené au Parlement, à un poste ministériel et à la tête d’un parti politique. Somers a passé une grande partie de sa carrière à naviguer entre ces deux échelons politiques. Il n’a jamais douté de celui qu’il souhaitait privilégier.

« La véritable force de la politique au XXIe siècle réside au niveau local, là où l’on peut réellement faire la différence. »

L’amour de la ville, la défense du local

Né et élevé à Malines, Somers est profondément attaché à sa ville natale, ce qui explique en partie son choix de s’y installer. Mais ce n’est pas tout. Dès le début de sa carrière, il s’est convaincu que c’est au niveau local que la politique pouvait accomplir le plus de choses – une conviction qu’il a conservée même au sein du gouvernement et du parlement nationaux, où il a incité ses collègues à s’appuyer bien davantage sur les leviers locaux.

Bart Somers interview 2026

*Bart Somers, maire de Malines en Belgique – entretien du 29 avril 2026

L’action climatique reconnue au niveau de la rue

Cette conviction imprègne également l’action climatique de Malines, récemment récompensée par le Prix de la Convention des maires de l’UE pour sa réussite en matière de décarbonation du chauffage, une initiative qui a inspiré d’autres villes européennes. Alors que certaines institutions européennes semblent ralentir le rythme de la transition écologique, Somers estime que c’est au niveau local que l’urgence est la plus visible et que les actions sont les plus concrètes.

« Au niveau local, on peut constater de ses propres yeux l’impact du changement climatique, et parfois il est vraiment dévastateur. On ressent donc l’urgence d’agir. »

Malines a été reconnue pour le déploiement à grande échelle de réseaux de chaleur associés au stockage de chaleur afin de fournir de la chaleur verte aux zones densément peuplées, tout en maximisant le potentiel des sources de chaleur locales, renouvelables et résiduelles.

Le jury du Prix de la Convention des maires de l’UE a salué la planification rigoureuse et les mesures concrètes mises en œuvre par Malines pour ce projet. La mise en œuvre du plan chaleur de Malines repose sur une forte mobilisation des acteurs locaux, grâce à une Coalition chaleur regroupant plus de 25 organisations clés, allant des gestionnaires de réseaux de chaleur, des coopératives énergétiques et des organismes publics aux bailleurs sociaux et aux entreprises locales. Le jury a loué l’important travail de sensibilisation et d’implication de Malines pour obtenir l’adhésion de tous à son plan chaleur, ainsi que son engagement auprès des communautés vulnérables confrontées à la précarité énergétique.

Les cadres internationaux, européens et nationaux sont importants, dit-il, mais c’est dans ce cadre que les villes accomplissent le travail concret : inciter les gens à utiliser le vélo plutôt que la voiture et réorienter les investissements des énergies fossiles vers l’énergie solaire.

*Malines, centre-ville et hôtel de ville

Des réfugiés et une ville qui se souvient

Pour Somers, la réaction de Malines face à l’invasion russe de grande ampleur de l’Ukraine était autant émotionnelle que politique. Il s’était rendu sur le Maïdan en 2014, en tant que député, au moment où se déroulait le soulèvement contre le gouvernement ukrainien. Soutenir l’Ukraine par la suite lui semblait la seule option pour une ville qui, selon lui, défend les droits de l’homme et les valeurs européennes.

« Ils mènent notre combat. Ils sacrifient des vies pour protéger aussi mon pays. »

Convaincre la ville d’agir n’a pas été difficile, explique-t-il, notamment parce que Malines a elle-même une histoire marquée par les déplacements de population. Pendant la Première Guerre mondiale, 90 % des habitants de la ville sont devenus des réfugiés ; le grand-père de Somers a passé trois ans dans un camp de réfugiés aux Pays-Bas, à partir de l’âge de 14 ans. C’est une histoire que partagent de nombreuses familles à Malines, et c’est ce qui a naturellement conduit la ville à ouvrir ses portes cette fois-ci.

Sécurité et inclusion, main dans la main

Somers a bâti sa réputation sur une approche inclusive alliée à une ferme défense de l’état de droit – une combinaison qu’il reconnaît souvent mal comprise. Interrogé sur sa décision la plus difficile en tant que maire, il évoque le travail de persuasion nécessaire pour que la sécurité et l’inclusion se renforcent mutuellement, au lieu de s’opposer.

« Sécurité et inclusion vont de pair, elles se renforcent mutuellement. »

Selon lui, les personnes qui ont le plus besoin d’une ville sûre ne sont pas celles qui vivent dans les quartiers aisés de la classe moyenne, mais les mères élevant leurs enfants dans les zones plus vulnérables, où le danger est plus proche de leur domicile. Cette conviction, dit-il, a contribué à faire de Malines une ville où des personnes d’origines diverses vivent en harmonie.

Un message à Bruxelles : faites confiance au laboratoire local

Interrogé sur ce qu’il dirait aux dirigeants nationaux et européens, Somers est direct : la résolution des crises actuelles exige une action locale. Les villes et les communes bénéficient de la confiance des citoyens, sont proches d’eux et peuvent agir rapidement et avec pragmatisme, contrairement à ce que font souvent les échelons supérieurs du gouvernement.

« Nous avons besoin non seulement d’une politique descendante, mais aussi d’une politique ascendante. C’est au niveau local que l’on peut réinventer la démocratie, que l’on peut trouver de véritables réponses aux défis d’aujourd’hui et de demain. »

Son conseil est de considérer le niveau local comme un laboratoire : un lieu d’expérimentation et de développement de compétences qui, à leur tour, influencent la politique nationale et européenne.

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La ville de Malines est membre de l’association nationale du CCRE – VVSG (Association des villes et communes flamandes).

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Les voix de nos 75 ans d’histoire

The Hague

Jan Van Zanen : « Si nous voulons avoir un impact, les gouvernements mondiaux et locaux doivent travailler main dans la main »

912 mots
4–6 minutes

Jan Van Zanen, maire de La Haye et président de Cités et Gouvernements Locaux Unis (CGLU), est une figure emblématique de la coopération municipale internationale. Fort d’une expérience de plus de dix ans au sein du CCRE et de CGLU, il a pu constater directement comment les villes influencent de plus en plus les réponses mondiales aux défis communs, du changement climatique à la cohésion sociale.

Cet entretien a été enregistré à Barcelone lors de la retraite de CGLU en février 2026. Van Zanen y revient sur les moments marquants de son engagement au sein du mouvement municipal mondial, sur l’importance des réseaux internationaux de villes et sur sa vision de l’avenir du CEMR et de CGLU.

Un moment décisif à La Haye

Pour Jan Van Zanen, un souvenir se détache clairement parmi ses années au sein du CEMR et de CGLU : l’organisation du Conseil mondial de CGLU à La Haye en 2024.

UCLG - Jan Van Zanen interview

Pendant trois jours, plus de 300 dirigeants locaux venus du monde entier se sont réunis à La Haye, un événement à la fois politique et symbolique. Cette rencontre s’est tenue 125 ans après la première Conférence de La Haye sur la paix, conférant ainsi à l’événement une dimension historique particulière.

« Voir cette communauté mondiale se rassembler à La Haye, se souvient-il, était très significatif. »

*Conseil mondial de CGLU à La Haye en 2024

Cet événement a également marqué une étape importante pour Van Zanen, qui a pris la présidence tournante de CGLU. Fidèle à la longue tradition de La Haye comme centre de paix et de justice, la réunion a abouti à l’adoption de la Charte de La Haye sur la paix municipale, un document destiné à guider les villes dans la promotion du dialogue et le renforcement des communautés pacifiques au niveau local.

« Le faire dans ma propre ville, entouré de collègues venus du monde entier, a rendu l’expérience vraiment inoubliable », dit-il. « C’est un souvenir dont je suis toujours fier. »

Les villes au cœur des défis mondiaux

Au-delà des étapes marquantes, Van Zanen souligne l’importance croissante de la coopération internationale entre les villes. Selon lui, les gouvernements locaux et régionaux sont aujourd’hui en première ligne des grandes transformations mondiales.

« De l’adaptation au changement climatique aux migrations, en passant par la numérisation et la cohésion sociale, ces évolutions peuvent être mondiales, mais elles ont toujours un impact local, dans nos rues et nos quartiers », explique-t-il.

C’est précisément pourquoi des réseaux comme le CCRE et la CGLU jouent un rôle crucial. Pour des villes comme La Haye, qui abrite de nombreuses institutions internationales, l’engagement au niveau mondial est à la fois naturel et nécessaire. Mais, insiste-t-il, la valeur de ces réseaux dépasse la simple visibilité ou le prestige.

« Il s’agit de créer des liens avec d’autres villes », explique-t-il. « S’asseoir autour d’une table avec d’autres maires et responsables locaux, et échanger ouvertement sur ce qui fonctionne dans la pratique. »

Grâce à cet échange entre pairs, les villes peuvent partager des solutions, apprendre les unes des autres et renforcer leur résilience collective. À terme, cette coopération se traduit par des politiques plus efficaces et des avantages concrets pour les citoyens.

Reconnaître les collectivités locales comme des partenaires clés

Pour l’avenir, Van Zanen expose une vision ambitieuse mais claire pour le CCRE et CGLU au cours de la prochaine décennie. Il souhaite que les deux organisations soient pleinement reconnues comme des partenaires indispensables à l’élaboration des politiques à tous les niveaux.

« J’espère que le CCRE et CGLU seront reconnus partout comme des acteurs clés dans l’élaboration de solutions », déclare-t-il, « non seulement au niveau mondial, mais aussi au sein de l’Union européenne et au niveau national. »

Au cœur de cette ambition se trouve l’idée que les collectivités locales doivent être impliquées dès le début de l’élaboration des grands accords, qu’ils portent sur le climat, les migrations ou le développement. Pour Van Zanen, cette implication précoce est essentielle pour garantir que les politiques soient à la fois concrètes et efficaces.

« Impliqué dès le début, avec un rôle clair et reconnu », insiste-t-il.

Toutefois, la reconnaissance à elle seule ne suffit pas. Il souligne également l’importance d’associer les responsabilités à des ressources adéquates, notamment en matière d’accès au financement. Sans cela, les villes ne pourront pas pleinement honorer leurs engagements.

De l’ambition à l’impact

Les réflexions de Van Zanen dégagent un message constant : les gouvernements locaux et régionaux ne sont pas seulement des exécutants, mais aussi des innovateurs et des moteurs essentiels du changement.

« Les villes mettent en œuvre, les villes innovent, les villes sont au plus près des citoyens », remarque-t-il.

Cette proximité confère aux collectivités locales une capacité unique à traduire les ambitions mondiales en actions concrètes. Mais pour exploiter pleinement ce potentiel, une collaboration renforcée entre les différents niveaux de gouvernance est nécessaire.

« Si nous voulons vraiment avoir un impact, les gouvernements mondiaux et les gouvernements locaux doivent travailler main dans la main », conclut-il.

Pour Van Zanen, l’histoire du CCRE au cours des 75 dernières années illustre parfaitement cette capacité : transformer une ambition partagée en résultats concrets. Renforcer ce rôle dans les années à venir sera essentiel pour relever les défis complexes qui nous attendent et pour garantir que les solutions soient ancrées là où elles sont les plus nécessaires : dans les villes, les régions et leurs communautés locales.

Regardez l’interview vidéo ici.

  • La Haye fait partie de l’association nationale VNG du CCRE.

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Les voix de nos 75 ans d’histoire

Christoph Chaillou

Christophe Chaillou : « L’Europe ne peut se construire sans ses territoires locaux. »

787 mots
3–5 minutes

Christophe Chaillou a été directeur de cabinet du secrétaire général du Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE) de 1992 à 2007, durant l’une des périodes les plus transformatrices de l’histoire européenne. Ayant accompagné l’organisation à travers les années charnières de la Commission Delors, les transitions démocratiques en Europe de l’Est et la reconnaissance formelle des collectivités locales et régionales par les institutions européennes, il a constaté de visu comment le CCRE a contribué à façonner la place des villes et des régions au sein du projet européen.

Dans cet entretien, il revient sur les moments marquants de son passage au CCRE, les présidents avec lesquels il a travaillé et le message qui, selon lui, doit continuer à guider le CCRE aujourd’hui.

Un témoin privilégié d’une époque fondatrice

Le passage de Christophe Chaillou au CCRE a coïncidé avec une période d’élan exceptionnel pour l’intégration européenne.

Ce fut le moment où les collectivités locales et régionales obtinrent une reconnaissance officielle de la part des institutions européennes, un objectif de longue date du CCRE qui devint enfin réalité. Pour Chaillou, cette convergence de forces politiques, institutionnelles et historiques fit de cette période un moment exceptionnel pour l’organisation.

“I had the privilege of accompanying CEMR at a time when the European project was especially valued,” he recalls. “It was a fantastic period. In many ways, it meant achieving many of our founding objectives.”

Au cœur de cette expérience résidait l’opportunité de travailler aux côtés de dirigeants exceptionnels. Parmi les présidents avec lesquels il a collaboré, il cite Pasqual Maragall [lire ici l’interview de Maragall en tant que chef de cabinet] et Valéry Giscard d’Estaing, figures marquantes qui l’ont profondément marqué. Chacun a apporté sa vision et son influence au travail du CCRE sur la scène européenne.

Un moment de réconciliation : Prague, 1993

De tous les moments qui ont marqué ses années au CCRE, un se distingue particulièrement. L’Assemblée générale tenue à Prague en 1993 reste, pour Chaillou, l’un des événements les plus marquants et symboliquement forts de l’histoire de l’organisation.

C’est à ce moment que le CCRE a accueilli les associations locales et régionales qui venaient d’être rétablies en Europe centrale et orientale, des organisations qui réclamaient leur place après des décennies de régime autoritaire et qui rejoignaient, pour la première fois, la grande famille européenne.

« Ce fut un moment de réconciliation européenne », dit-il. « Toutes les associations du continent étaient réunies. Ce fut sans aucun doute un moment très fort d’affirmation de notre message et, une fois de plus, de l’unité européenne. »

Cette assemblée revêtait une importance qui dépassait largement le cadre institutionnel. Pour les participants, elle illustrait de façon éclatante les valeurs défendues par le CCRE : la démocratie locale et l’intégration européenne n’étaient pas des ambitions distinctes, mais profondément liées.

Les libertés locales au cœur du travail de plaidoyer du CCRE

Au-delà des étapes symboliques, Chaillou souligne également le travail de plaidoyer stratégique mené par le CCRE durant son mandat de secrétaire général. Il mentionne notamment la reconnaissance accordée aux collectivités locales et régionales, qui a permis de garantir que les libertés locales soient non seulement reconnues en principe, mais aussi respectées dans la pratique au sein du cadre institutionnel européen.

Selon lui, cette réussite était le fruit d’une dynamique politique et d’efforts constants. Elle s’est construite grâce aux relations, à la crédibilité et à la clarté du message du CCRE, à une époque où l’Europe cherchait encore à définir son identité.

Le message fondateur du CCRE, toujours d’actualité aujourd’hui

Pour l’avenir, Chaillou est clair sur le défi le plus important. Dans une période marquée par la montée des menaces contre la démocratie, l’instabilité géopolitique croissante et les interrogations renouvelées sur l’avenir de l’intégration européenne, il estime que le CCRE doit renouer avec ses origines et porter son message fondateur avec une conviction renouvelée.

« Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est de renforcer tout cela », dit-il. « Le principal défi est de préserver et de promouvoir la démocratie locale sur tous les territoires ; l’esprit d’autonomie locale et d’intégration européenne. C’est le message fondateur du CCRE. »

Pour Chaillou, ce message est tout aussi pertinent aujourd’hui qu’au début des années 1990. L’Europe, insiste-t-il, ne peut se construire d’en haut. Elle doit s’enraciner dans ses territoires, là où vivent les citoyens, là où se prennent les décisions et là où la démocratie s’épanouit ou vacille.

« L’Europe ne peut se construire sans ses territoires », affirme-t-il. « Et c’est sur ces territoires que les libertés locales doivent s’affirmer. À une époque où les menaces sont nombreuses, notamment face à la remise en cause manifeste de la démocratie, il est essentiel de défendre ce message. »

Consultez l’intégralité de l’interview ici.

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Christophe Chaillou – thumbnail

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Les voix de nos 75 ans d’histoire

Barcelona - Antonia interview

Antònia Sabartés : « Je souhaite que le CCRE soit courageux et audacieux. »

1 206 mots
5–8 minutes

Antònia Sabartés

Antònia Sabartés a été chef de cabinet de Pasqual Maragall, maire de Barcelone, et président du Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE) de 1992 à 1997. Étroitement impliquée dans la direction de l’organisation pendant une période charnière pour l’Europe, elle a constaté de visu comment le CCRE a contribué à façonner la place des gouvernements locaux et régionaux dans le projet européen.

*Antònia Sabartés – Chef de Cabinet de Pasqual Maragall, Président du CCRE de 1992 à 1997.

Dans cet entretien – enregistré à la Fundació Mies Van der Rohe à Barcelone, reconstruite pendant le mandat de Maragall en tant que maire de la capitale catalane et étroitement liée à l’Union européenne par le biais du Prix de l’Union européenne d’architecture contemporaine – elle revient sur la présidence de Maragall, les moments marquants de cette période et l’héritage qui, selon elle, continue de guider le CCRE aujourd’hui.

Pasqual Maragall : un Européen par conviction et par pratique

Pasqual Maragall a été élu président du CCRE en décembre 1991 à Paris et a pris ses fonctions le 9 mai 1992, à un moment de profonds bouleversements politiques, institutionnels et symboliques pour l’Europe. L’année de sa nomination a coïncidé avec les Jeux olympiques de Barcelone et la ratification du traité de Maastricht, le plaçant – ainsi que le CCRE – au cœur de la transformation européenne.

Pasqual Maragall with Jacques Delors - Arxiu Digital Pasqual Maragall, Fundació Catalunya Europa

En tant que maire de Barcelone, il incarna le rôle international croissant des villes, participant activement à la création d’Eurocités. Son parcours politique et intellectuel conforta cette vision : il avait étudié à Paris, avait été l’élève de Jacques Delors, connaissait des personnalités européennes importantes comme Romano Prodi et était issu d’une famille profondément pro-européenne.

*Pasqual Maragall avec Jacques Delors – Arxiu Digital Pasqual Maragall, Fundació Catalunya Europa

Pour Sabartés, cette combinaison d’expérience et de conviction le prédisposait particulièrement à diriger le CCRE à un moment où les collectivités locales et régionales revendiquaient une voix plus forte en Europe.

Des souvenirs qui ont compté : de Delors à Barcelone au Comité de pilotage à Prague

Certains moments restent particulièrement vivaces dans la mémoire de Sabartés, tant par leur poids symbolique que par leur importance historique. L’un d’eux fut l’investiture officielle de Pasqual Maragall à la présidence du CCRE à Barcelone, lors de la Journée de l’Europe en 1992 – un événement rendu exceptionnel par la présence de Jacques Delors. Ce dernier quittait rarement Bruxelles, et sa décision d’y assister soulignait à la fois l’importance de l’événement et la haute estime portée à Maragall et au CCRE.

Un autre événement marquant fut la réunion du Comité directeur de 1992 à Prague, tenue peu après les Jeux olympiques. Au-delà de son contexte, cette réunion a constitué un tournant pour le CCRE, renforçant sa consolidation interne et élargissant ses ambitions européennes à un moment crucial de transformation pour le continent.

Parallèlement à ces événements emblématiques, Sabartés évoque également des souvenirs plus personnels liés à la présidence de Maragall. Elle confie avoir eu des doutes au départ. Maire aux lourdes responsabilités, elle se demandait s’il pourrait consacrer suffisamment de temps au CCRE. Ces craintes furent rapidement dissipées. Maragall assista à toutes les réunions sans exception et s’investit pleinement dans sa fonction.

Pasqual Maragall avec Josef Hofmann, Conférence ECOS (Prague), dans les années 90. HAEU, CCRE-846

Elle se souvient aussi très bien de l’intense esprit de collaboration qui régnait au sein de l’équipe du CCRE durant ces années. Travaillant en étroite collaboration avec Elisabeth Gateau et Christophe Chaillou, la coordination entre Paris et Barcelone était constante et souvent exigeante. À l’ère pré-numérique, la communication reposait sur les appels téléphoniques et les fax, avec des messages courts parfois échangés plusieurs fois par jour. Réaliser ce qui est aujourd’hui chose aisée grâce à Internet nécessitait alors un véritable niveau de coordination.

Le rôle pertinent de Maragall dans la création du Comité des régions

Sous la direction de Maragall, le CEMR a joué un rôle central durant l’une des phases les plus importantes de l’intégration européenne. L’approbation du traité de Maastricht a ouvert de nouvelles perspectives, notamment la future création du Comité des régions.

*Vue générale dans l’auditorium de la cérémonie de signature du traité de Maastricht. © Communautés européennes, 1992.

L’obtention d’un siège pour le président du CCRE au sein de la première présidence du Comité des régions a constitué un succès majeur. Dès l’approbation du projet de Maastricht et jusqu’à la mise en place du Comité en 1994, le CCRE a œuvré sans relâche pour que les autorités locales et régionales soient prises en compte au sein du nouveau cadre institutionnel de l’UE.

Cet effort a été renforcé par la mise en place d’un Conseil consultatif des autorités locales et régionales par la Commission européenne, en étroite collaboration avec Eneko Landaburu, alors directeur général de la DG REGIO. Ces relations ont permis d’ouvrir des perspectives et de faire reconnaître le CCRE comme un interlocuteur clé.

Un autre accomplissement complexe mais décisif fut la réforme de la Conférence des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe, devenue le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux à deux chambres. Ce processus suscita un débat entre la CCRE et l’Assemblée des régions européennes, présidée par un autre Catalan, Jordi Pujol, alors président du gouvernement catalan.

Tout au long des discussions, les qualités personnelles de Maragall ont fait la différence. Polyglotte, accessible et profondément européen, il possédait un talent unique pour rapprocher les gens par-delà les clivages politiques et culturels, même lorsque leurs points de vue étaient opposés.

Un autre grand accomplissement : une vision qui compte encore

Au-delà des succès institutionnels, Sabartés estime que la contribution la plus importante de Maragall fut d’ordre stratégique et idéologique. Fédéraliste convaincu, il défendait une Europe fondée sur la subsidiarité, la proximité et la citoyenneté à une époque où ce discours était loin d’être dominant.

Il a également joué un rôle déterminant dans la définition du chemin qui allait mener à la création de Cités et Gouvernements Locaux Unis (CGLU). En collaboration avec des maires tels que Jorge Sampaio de Lisbonne, Pierre Mauroy de Lille et les dirigeants de l’IULA, il a œuvré pour l’unification, notamment afin de renforcer la présence des collectivités locales au sein du système des Nations Unies.

*Pasqual Maragall avec Romani Prodí (2004) – Auteur : Bedmar, Jordi. Arxiu Digital Pasqual Maragall

La défense de la Charte européenne de l’autonomie locale comme référence mondiale a permis d’ouvrir des portes et de positionner l’Europe comme un chef de file en matière de démocratie locale, y compris au sein du système multilatéral.

« Courageux et audacieux », voilà ce que le CCRE doit devenir au cours des 10 prochaines années.

Pour l’avenir, Sabartés a une vision claire de ce qu’elle attend du CCRE aujourd’hui. Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les inégalités sociales, les défis migratoires et la montée de l’extrême droite, elle estime que le CCRE doit faire preuve, une fois de plus, de courage.

« Je souhaite que le CCRE fasse preuve de courage et d’audace, comme nous l’avons fait durant les années Maragall », déclare-t-elle. « Il a surtout besoin d’un leadership fort. Si nous n’agissons pas, les gouvernements voisins risquent d’être marginalisés. Nous devons œuvrer pour améliorer la vie des citoyens européens, lutter contre les préjugés et défendre les valeurs auxquelles nous croyons. C’est mon rêve pour le CCRE. »

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Rencontrez Emil Boc (Cluj-Napoca) 

Cluj Napoca - Local Heroes 2026

À la rencontre du héros local : Emil Boc. De la direction nationale à la transformation locale — et un appel à placer les villes au cœur de l’avenir de l’Europe 


Pour Emil Boc, le leadership ne s’est jamais limité à un seul niveau de gouvernance. Ancien Premier ministre de la Roumanie jusqu’en 2012, devenu depuis maire de longue date de Cluj-Napoca, son parcours reflète une continuité rare entre vision nationale et mise en œuvre locale.

Aujourd’hui, alors que l’Europe débat de son prochain budget, le message de Boc est clair : sans les villes et les régions à la table des négociations, le projet européen risque de perdre à la fois en efficacité et en légitimité.

Du Premier ministre au maire : pourquoi la vision passe avant tout 

Les années de Boc en tant que Premier ministre ont profondément façonné son approche de la gouvernance locale.

« La première leçon », explique-t-il, « est qu’aucun pays — et aucune ville — ne peut se développer sans une vision claire, suivie d’une stratégie et d’un plan concret. »

De retour à Cluj-Napoca après son passage au niveau national, il a appliqué cette logique avec précision. La ville a identifié son avantage compétitif — les universités, l’éducation et l’innovation — et a construit un modèle de développement fondé sur une économie de la connaissance.

Mais au-delà de la stratégie économique, Boc insiste : le leadership ne se limite pas à l’administration :

« Un leader n’est pas là seulement pour maintenir les services ou nettoyer les rues. Il faut une vision à long terme et la discipline de s’y tenir. »

Transformer Cluj-Napoca en ville pro-européenne

Au cours des deux dernières décennies, Boc a supervisé une transformation profonde.

Autrefois considérée comme l’une des villes les plus eurosceptiques de Roumanie, Cluj-Napoca — une ville d’environ 300 000 habitants située dans le nord-ouest du pays, avec une économie dynamique fondée sur les universités et l’innovation — est aujourd’hui, selon ses mots, « la ville la plus pro-européenne du pays ».

Ce changement ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il s’est construit « jour après jour », en intégrant ce que Boc appelle un mode de vie européen : ouverture, tolérance et coopération — combinés à une utilisation stratégique des fonds de l’UE.

Les résultats sont visibles partout : infrastructures, écoles, transports publics et rénovation urbaine. Pour Boc, il ne s’agit pas de politiques abstraites, mais de preuves concrètes de ce que l’Europe apporte.

« Si quelqu’un me demande pourquoi l’Europe est importante », dit-il, « je n’ai qu’à sortir dehors. Les écoles, les routes, les parcs — ils existent grâce aux financements européens. »

Au cœur de cette transformation se trouve une idée simple : la liberté de rester. 

« Les gens ne devraient pas être contraints de quitter leur ville ou leur pays pour des raisons économiques. L’Europe doit garantir non seulement la liberté de circulation, mais aussi la liberté de construire une vie chez soi. »

Ce message résonne particulièrement en Roumanie, un pays qui a connu l’une des plus grandes vagues d’émigration au sein de l’Union européenne. Depuis le début des années 2000, des millions de Roumains — dont beaucoup de jeunes, éduqués et mobiles — sont partis étudier et travailler à l’étranger, à la recherche de meilleures opportunités économiques et conditions de vie. Si cette mobilité reflète l’une des libertés fondamentales de l’UE, elle a aussi créé de profonds déséquilibres territoriaux, certaines villes et régions perdant des talents à un moment crucial de leur développement.

Les enjeux du prochain budget de l’UE

Alors que les négociations s’intensifient sur le prochain cadre financier pluriannuel, Boc avertit que le rôle des villes et des régions est loin d’être garanti.

Son inquiétude n’est pas rhétorique — elle est structurelle.

D’abord, il estime que les gouvernements locaux doivent passer d’un rôle consultatif à un véritable pouvoir décisionnel :

« Nous voulons être à la table, pas au menu. »

Une question clé concerne la manière dont la Commission européenne prévoit d’introduire les « contrôles régionaux ». Sans valeur juridique, Boc craint qu’ils ne deviennent un simple exercice administratif plutôt qu’un véritable partenariat.

Sa proposition est claire : une clause de subsidiarité contraignante, garantissant l’implication des municipalités et des régions à chaque étape — de la conception à la mise en œuvre et à l’évaluation — avec la possibilité de rejeter des plans nationaux qui les ignorent.

Ensuite, il s’oppose aux propositions visant à fusionner les fonds de la politique de cohésion avec d’autres priorités, notamment l’agriculture.

« Ce sont deux piliers de l’Union européenne. S’ils sont mis dans le même panier, les villes et les régions risquent d’y perdre. »

Troisièmement, Boc insiste pour que la politique de cohésion reste universelle. Limiter l’accès uniquement aux régions moins développées affaiblirait la capacité de l’Europe à réduire les inégalités sur l’ensemble du territoire.

« La cohésion est la colle qui maintient l’Europe unie — et cette colle est nécessaire partout. »

Enfin, il appelle à inclure des chapitres régionaux dédiés dans les plans nationaux, afin de garantir que les perspectives locales ne soient pas marginalisées.

Du climat à la défense : investir dans les villes, c’est investir dans l’Europe 

Pour Boc, le débat sur le budget de l’UE est avant tout une question de crédibilité.

« L’Europe a la vision. Elle doit maintenant avoir les moyens de la concrétiser. »

Il cite la politique climatique comme exemple concret. Les villes sont appelées à jouer un rôle moteur dans la transition — notamment à travers des initiatives de neutralité climatique — mais sans financements suffisants, ces ambitions risquent de rester théoriques.

Dans le même temps, il souligne l’interconnexion croissante entre les politiques publiques. Les investissements dans les infrastructures urbaines, comme les systèmes de métro, remplissent plusieurs fonctions : durabilité, mobilité et même résilience en temps de crise.

« Regardez comment les métros sont utilisés en situation d’urgence », note-t-il. « Ce n’est pas seulement une politique climatique — c’est aussi une question de sécurité et de préparation. »” 

Une Europe construite avec ses villes

L’argument de Boc est autant politique que financier.

L’Union européenne, affirme-t-il, ne peut pas être réduite à des négociations entre capitales.

« Ce n’est pas seulement une union d’États. C’est une union de municipalités, de régions et de villes. »

Les exclure de la prise de décision affaiblirait non seulement les politiques publiques, mais éroderait également la diversité et la cohésion qui définissent l’Europe elle-même.

Alors que l’UE se projette vers 2034 et au-delà, le message de Boc est à la fois un avertissement et une feuille de route :

Sans des gouvernements locaux forts, il n’y a pas d’Europe forte.

Découvrez notre campagne pour le budget de l’UE et ce que nous avons réalisé jusqu’à présent :

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Rencontrez Fabien Pérez (Marseille)

Marseille city image

Rencontrez le héros local : Fabien Pérez, qui fait de Marseille une ville climatiquement neutre


La voie de Marseille vers la neutralité climatique

Marseille est en pleine mutation écologique, amorcée en 2020 avec l’entrée de la lutte contre le changement climatique au cœur du débat politique local. Ce nouvel élan est apparu au moment même où l’Europe renforçait son soutien aux villes pionnières en matière de neutralité climatique, offrant ainsi à Marseille l’opportunité d’accélérer sa transition.

La ville a reconnu que ses défis étaient multidimensionnels. Réduire les émissions de gaz à effet de serre, s’adapter au changement climatique et lutter contre la précarité énergétique figuraient parmi les priorités urgentes. Les responsables locaux ont compris que l’action climatique était indissociable des réalités sociales.

En février 2026, avant les élections locales françaises, nous avons interviewé Fabien Pérez, alors conseiller municipal de Marseille chargé des Fonds européens, afin d’en savoir plus sur cette expérience.

Relier la vision locale à l’ambition européenne

En 2022, Marseille a été sélectionnée parmi 377 candidates pour rejoindre les 100 villes participant à la « Mission de l’UE : Villes neutres en carbone et intelligentes », un moment que Fabien Pérez décrit comme « le début d’un nouveau chapitre dans la transition écologique de Marseille ».

Deux ans plus tard, en 2024, la ville a officiellement reçu le label « 100 villes neutres en carbone » suite à une évaluation de la Commission européenne. Cette distinction renforce non seulement sa visibilité au niveau européen, mais lui donne également accès à une expertise technique et à des financements dédiés pour accélérer sa décarbonation — étapes cruciales vers l’objectif de neutralité climatique de l’Europe d’ici 2050.

Un processus collectif : élaborer un contrat partagé pour une ville climatique

L’un des piliers de cette transformation est le Contrat Ville Climat de Marseille, élaboré en collaboration avec la Métropole Aix-Marseille-Provence, la Région Sud et plus de 250 acteurs privés. Comme l’explique Pérez, « le Contrat Ville Climat a été préparé avec les citoyens, les entreprises, les associations… une feuille de route collective pour décarboner le territoire d’ici 2030 ».

Derrière cette feuille de route se cache un choix politique : abandonner une vision verticale et construire une stratégie partagée qui aborde divers sujets tels que la mobilité, le bâtiment, les énergies renouvelables, l’économie circulaire et les déchets, la nature en ville, l’agriculture urbaine, la mer et le littoral ou l’éducation.

L’élaboration du contrat a également créé un nouvel élan sur l’ensemble du territoire — une volonté de transformer la ville et d’accélérer la transition, conjuguée à la nécessité de sécuriser et de coordonner les ressources financières nécessaires.

Action climatique ancrée dans les réalités marseillaises

La transition écologique de Marseille est façonnée par les défis spécifiques à son territoire. Comme dans de nombreuses villes européennes, le transport routier est une source importante d’émissions. Mais Marseille subit également la pression des activités industrielles qui l’entourent, les émissions liées au transport aérien ou aux chaînes d’approvisionnement alimentaire, et les contraintes géographiques liées à son statut de grand port.

Son appartenance à la région méditerranéenne rend également cette ville extrêmement vulnérable aux effets du changement climatique. Comme l’explique Pérez, Marseille est régulièrement confrontée à des phénomènes météorologiques extrêmes, à la fragilité de ses sols et à un littoral déjà en pleine mutation – et qui continuera d’évoluer dans les années à venir. Ces vulnérabilités ont contraint les autorités locales à adopter une vision à long terme et à se préparer aux défis de demain.

L’urgence sociale est un autre facteur déterminant. Lutter contre la précarité énergétique est devenu non seulement une priorité environnementale, mais aussi un moyen de renforcer la cohésion sociale et d’apporter un soutien concret et significatif aux habitants. « La transition écologique doit aller de pair avec la justice sociale », affirme Pérez.

De la planification à l’action : des projets pertinents sur le terrain

Le label européen a déjà permis de débloquer de nouveaux financements pour la transition de Marseille. Près de 6 millions d’euros sont investis dans des initiatives concrètes et ancrées dans la communauté, notamment :

  • Un programme de sensibilisation de proximité (600 000 €), envoyant des ambassadeurs dans les quartiers clés pour travailler directement avec les résidents et les entreprises sur des initiatives écologiques.
  • Projet Jet Cities, soutenant les changements dans l’emploi et les compétences induits par la transition écologique (1,5 million d’euros).
  • Le projet « Poséidon » (400 000 €) promeut les énergies renouvelables, les systèmes de récupération de chaleur et la rénovation écoénergétique.
  • Le projet PeriAsty (1,2 million d’euros) soutient la transition des zones périurbaines d’Europe vers des environnements neutres en carbone, durables et résilients dans des domaines tels que la mobilité.
  • Un soutien supplémentaire via le mécanisme ELENA, contribuant au financement de rénovations à grande échelle des bâtiments publics et au développement des solutions d’énergies renouvelables.

Ces premiers projets illustrent comment Marseille passe de la planification à la réalisation, et comment le soutien européen peut aider les collectivités locales à transformer les stratégies à long terme en actions concrètes.

Marseille est également devenue signataire de la Convention des maires de l’UE en 2021, une initiative à laquelle participe également le CEMR. Dans le cadre de cette initiative, la ville a partagé plusieurs études de cas, notamment son plan pour des factures d’électricité à zéro euro, sa stratégie de rénovation des espaces publics, sa stratégie de chauffage urbain et sa stratégie de transformation énergétique communautaire.

Sous l’égide de la Métropole Aix-Marseille-Provence, la ville a participé aux missions de l’UE « Adaptation au changement climatique », une autre initiative à laquelle participe le CEMR, avec un budget de 999 000 € pour un projet combinant partenariats public-privé visant à réduire les émissions de CO₂.

Une ville méditerranéenne capable d’inspirer l’Europe

L’initiative de Marseille dans ce domaine, conjuguée à sa situation géographique et à son identité, en fait un exemple inspirant pour les autres villes européennes. Carrefour méditerranéen majeur, riche de communautés diverses et d’un paysage socio-climatique complexe, elle est confrontée à nombre de défis communs à toutes les villes d’Europe.

Fabien Perez - Local Hero Marseille

C’est pourquoi Pérez souligne l’importance plus large de la ville :

« Mettre en avant des villes représentatives comme Marseille, avec son port méditerranéen, peut inspirer d’autres villes européennes à s’orienter vers la neutralité carbone. »

Marseille démontre que la neutralité climatique n’est pas seulement un impératif environnemental, mais aussi une opportunité de repenser la gouvernance, de renforcer la cohésion sociale et de construire une vision partagée de l’avenir. Son initiative montre comment les villes obtiennent déjà des résultats conformes aux objectifs mondiaux de neutralité climatique d’ici 2050.

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Marseille est membre de l’AFCCRE, l’association française du CEMR.

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Rencontre Eider Inuntziaga (Bilbao)

Rencontre avec l’héroïne locale : Eider Inuntziaga, bâtir la confiance depuis les rues de Bilbao


Lorsque Eider Inuntziaga parle des collectivités locales, un mot revient sans cesse : la proximité.

Depuis 2023, elle est conseillère municipale à Bilbao, après plusieurs années d’engagement politique au sein du Parti nationaliste basque. Il s’agit de son premier mandat public, une expérience qui a transformé sa vision de la vie politique.

Auparavant, elle observait la politique de l’intérieur. Aujourd’hui, elle la vit au quotidien — dans la rue, au fil des conversations de quartier et dans les réactions directes des citoyens face aux décisions locales. La distance entre les élus et les habitants est minimale, ce qui rend la politique locale à la fois particulièrement significative et particulièrement exposée. Elle porte également cette expérience au niveau européen en tant que porte-parole du Council of European Municipalities and Regions pour la démocratie locale.

Partout en Europe, ces défis sont de plus en plus visibles. Pour mieux les comprendre et y répondre, le CCRE et ses partenaires, dont la Ville de Bilbao, ont lancé l’Observatoire européen pour la défense de la démocratie au niveau local — une initiative qui collecte des données, documente les menaces et le harcèlement visant les élus locaux et développe des outils pratiques pour mieux protéger celles et ceux qui servent leurs communautés.

Comme elle le souligne :
« Les collectivités locales sont le niveau d’administration le plus proche ; nous sommes le visage de la démocratie. »

Cette proximité crée de la confiance, mais elle concentre aussi les frustrations. Lorsque les citoyens sont mécontents, les responsables locaux sont souvent les premiers — et les plus faciles — à être pris pour cible.

Réseaux sociaux : utiles, mais risqués

Cette visibilité dépasse désormais largement la rue.

Eider Inuntziaga décrit sa relation aux réseaux sociaux comme « ambivalente ». S’ils permettent de créer du lien et de partager des informations, elle en perçoit aussi clairement les dérives.

« Les réseaux sociaux peuvent connecter des personnes et des histoires, et ils peuvent être utiles — jusqu’à un certain point. Mais ils génèrent aussi du bruit, de la polarisation, et parfois de la haine. Cela peut être dangereux. »

Pour les responsables politiques locaux, les effets sont concrets :
« Cela affecte l’intégrité, cela influence notre manière de nous exprimer, et cela peut faire taire certaines personnes. Cela peut pousser des élus à abandonner leur engagement — ou à avoir peur de ce qui se passe. »

Elle limite sa présence en ligne, utilisant principalement Facebook et LinkedIn, et veille à équilibrer soigneusement communication personnelle et communication politique.

La participation au-delà du jour des élections

Malgré ces défis, Inuntziaga reste profondément optimiste quant au rôle que peuvent jouer les collectivités locales pour renforcer la démocratie.

Son approche est simple : rester proche, écouter attentivement et impliquer autant que possible les citoyens. Pour elle, les élections ne sont qu’un point de départ. La participation quotidienne est tout aussi essentielle. À Bilbao, cette philosophie s’est traduite par des initiatives participatives invitant les habitants à contribuer à l’orientation de la ville.

Un exemple est « Bilbao Ville de Valeurs », un processus par lequel les citoyens ont collectivement défini un ensemble de principes communs pour guider la vie publique. L’objectif est de créer un cadre partagé qui renforce le sentiment d’appartenance et lutte contre la désinformation. Il ne s’agit pas seulement d’améliorer les politiques publiques, explique-t-elle, mais aussi de renforcer les relations entre les institutions et les citoyens qu’elles servent.

Tirer les leçons du passé de Bilbao

L’histoire de Bilbao a également façonné sa vision de la gouvernance.

La ville a connu une transformation profonde au cours des dernières décennies — passant du déclin industriel et du chômage à un renouveau fondé sur une planification de long terme et une coopération étroite entre institutions publiques, acteurs privés et société civile. Pour Inuntziaga, cette expérience démontre que le changement ne se produit pas du jour au lendemain et que la stabilité exige de la patience.

Elle évoque souvent trois éléments clés du redressement de Bilbao : la coopération, des valeurs partagées et une vision à long terme. Les solutions rapides fonctionnent rarement. Au contraire, des décisions cohérentes prises en gardant l’avenir à l’esprit permettent de reconstruire progressivement la confiance.

« Les décisions doivent être prises dans une perspective de long terme », affirme-t-elle, décrivant démocratie et stabilité comme des réalités qui se renforcent mutuellement.

Eider Inuntziaga lors du lancement de l’Observatoire européen pour la défense de la démocratie au niveau local.

Ancrée localement, tournée vers l’Europe

Bien que son action s’inscrive dans la politique municipale, Inuntziaga conserve une forte ouverture européenne. Elle suit attentivement les débats au-delà de l’Espagne et s’inspire de dirigeantes telles que Kaja Kallas, qu’elle admire pour sa vision du rôle de l’Europe dans un monde en mutation.

Néanmoins, son engagement reste résolument local. Pour elle, les villes sont les lieux où la démocratie est mise à l’épreuve chaque jour — là où les politiques publiques rencontrent la réalité, et où la confiance se construit ou se perd au fil des interactions quotidiennes.

Ce n’est peut-être pas le niveau politique le plus visible — mais c’est, à bien des égards, celui où la démocratie se vit le plus directement.


Pour en savoir plus, vous pouvez écouter l’épisode complet de Call Simone, également avec Gianmarco Daniele de l’Université Bocconi. Ils y discutent de l’impact croissant du harcèlement et de la désinformation sur les élus locaux en Europe, ainsi que de la manière dont l’Observatoire européen pour la défense de la démocratie au niveau local peut mieux suivre les menaces et protéger la démocratie locale.

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