Rencontrez le héros local : Bart Somers, qui prouve que l’avenir de l’Europe se construit localement.
Quand Bart Somers parle de gouvernement local, une idée revient sans cesse : c’est à ce niveau que l’on peut vraiment faire la différence.
Il a été maire de Malines en Belgique pendant 26 ans, un mandat qui s’est déroulé en parallèle d’une carrière politique nationale l’ayant mené au Parlement, à un poste ministériel et à la tête d’un parti politique. Somers a passé une grande partie de sa carrière à naviguer entre ces deux échelons politiques. Il n’a jamais douté de celui qu’il souhaitait privilégier.
« La véritable force de la politique au XXIe siècle réside au niveau local, là où l’on peut réellement faire la différence. »
L’amour de la ville, la défense du local
Né et élevé à Malines, Somers est profondément attaché à sa ville natale, ce qui explique en partie son choix de s’y installer. Mais ce n’est pas tout. Dès le début de sa carrière, il s’est convaincu que c’est au niveau local que la politique pouvait accomplir le plus de choses – une conviction qu’il a conservée même au sein du gouvernement et du parlement nationaux, où il a incité ses collègues à s’appuyer bien davantage sur les leviers locaux.

*Bart Somers, maire de Malines en Belgique – entretien du 29 avril 2026
L’action climatique reconnue au niveau de la rue
Cette conviction imprègne également l’action climatique de Malines, récemment récompensée par le Prix de la Convention des maires de l’UE pour sa réussite en matière de décarbonation du chauffage, une initiative qui a inspiré d’autres villes européennes. Alors que certaines institutions européennes semblent ralentir le rythme de la transition écologique, Somers estime que c’est au niveau local que l’urgence est la plus visible et que les actions sont les plus concrètes.
« Au niveau local, on peut constater de ses propres yeux l’impact du changement climatique, et parfois il est vraiment dévastateur. On ressent donc l’urgence d’agir. »
Malines a été reconnue pour le déploiement à grande échelle de réseaux de chaleur associés au stockage de chaleur afin de fournir de la chaleur verte aux zones densément peuplées, tout en maximisant le potentiel des sources de chaleur locales, renouvelables et résiduelles.
Le jury du Prix de la Convention des maires de l’UE a salué la planification rigoureuse et les mesures concrètes mises en œuvre par Malines pour ce projet. La mise en œuvre du plan chaleur de Malines repose sur une forte mobilisation des acteurs locaux, grâce à une Coalition chaleur regroupant plus de 25 organisations clés, allant des gestionnaires de réseaux de chaleur, des coopératives énergétiques et des organismes publics aux bailleurs sociaux et aux entreprises locales. Le jury a loué l’important travail de sensibilisation et d’implication de Malines pour obtenir l’adhésion de tous à son plan chaleur, ainsi que son engagement auprès des communautés vulnérables confrontées à la précarité énergétique.
Les cadres internationaux, européens et nationaux sont importants, dit-il, mais c’est dans ce cadre que les villes accomplissent le travail concret : inciter les gens à utiliser le vélo plutôt que la voiture et réorienter les investissements des énergies fossiles vers l’énergie solaire.

*Malines, centre-ville et hôtel de ville
Des réfugiés et une ville qui se souvient
Pour Somers, la réaction de Malines face à l’invasion russe de grande ampleur de l’Ukraine était autant émotionnelle que politique. Il s’était rendu sur le Maïdan en 2014, en tant que député, au moment où se déroulait le soulèvement contre le gouvernement ukrainien. Soutenir l’Ukraine par la suite lui semblait la seule option pour une ville qui, selon lui, défend les droits de l’homme et les valeurs européennes.
« Ils mènent notre combat. Ils sacrifient des vies pour protéger aussi mon pays. »
Convaincre la ville d’agir n’a pas été difficile, explique-t-il, notamment parce que Malines a elle-même une histoire marquée par les déplacements de population. Pendant la Première Guerre mondiale, 90 % des habitants de la ville sont devenus des réfugiés ; le grand-père de Somers a passé trois ans dans un camp de réfugiés aux Pays-Bas, à partir de l’âge de 14 ans. C’est une histoire que partagent de nombreuses familles à Malines, et c’est ce qui a naturellement conduit la ville à ouvrir ses portes cette fois-ci.
Sécurité et inclusion, main dans la main
Somers a bâti sa réputation sur une approche inclusive alliée à une ferme défense de l’état de droit – une combinaison qu’il reconnaît souvent mal comprise. Interrogé sur sa décision la plus difficile en tant que maire, il évoque le travail de persuasion nécessaire pour que la sécurité et l’inclusion se renforcent mutuellement, au lieu de s’opposer.
« Sécurité et inclusion vont de pair, elles se renforcent mutuellement. »
Selon lui, les personnes qui ont le plus besoin d’une ville sûre ne sont pas celles qui vivent dans les quartiers aisés de la classe moyenne, mais les mères élevant leurs enfants dans les zones plus vulnérables, où le danger est plus proche de leur domicile. Cette conviction, dit-il, a contribué à faire de Malines une ville où des personnes d’origines diverses vivent en harmonie.
Un message à Bruxelles : faites confiance au laboratoire local
Interrogé sur ce qu’il dirait aux dirigeants nationaux et européens, Somers est direct : la résolution des crises actuelles exige une action locale. Les villes et les communes bénéficient de la confiance des citoyens, sont proches d’eux et peuvent agir rapidement et avec pragmatisme, contrairement à ce que font souvent les échelons supérieurs du gouvernement.

« Nous avons besoin non seulement d’une politique descendante, mais aussi d’une politique ascendante. C’est au niveau local que l’on peut réinventer la démocratie, que l’on peut trouver de véritables réponses aux défis d’aujourd’hui et de demain. »
Son conseil est de considérer le niveau local comme un laboratoire : un lieu d’expérimentation et de développement de compétences qui, à leur tour, influencent la politique nationale et européenne.
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La ville de Malines est membre de l’association nationale du CCRE – VVSG (Association des villes et communes flamandes).
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