Christophe Chaillou : « L’Europe ne peut se construire sans ses territoires locaux. »
Christophe Chaillou a été directeur de cabinet du secrétaire général du Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE) de 1992 à 2007, durant l’une des périodes les plus transformatrices de l’histoire européenne. Ayant accompagné l’organisation à travers les années charnières de la Commission Delors, les transitions démocratiques en Europe de l’Est et la reconnaissance formelle des collectivités locales et régionales par les institutions européennes, il a constaté de visu comment le CCRE a contribué à façonner la place des villes et des régions au sein du projet européen.
Dans cet entretien, il revient sur les moments marquants de son passage au CCRE, les présidents avec lesquels il a travaillé et le message qui, selon lui, doit continuer à guider le CCRE aujourd’hui.
Un témoin privilégié d’une époque fondatrice
Le passage de Christophe Chaillou au CCRE a coïncidé avec une période d’élan exceptionnel pour l’intégration européenne.
Ce fut le moment où les collectivités locales et régionales obtinrent une reconnaissance officielle de la part des institutions européennes, un objectif de longue date du CCRE qui devint enfin réalité. Pour Chaillou, cette convergence de forces politiques, institutionnelles et historiques fit de cette période un moment exceptionnel pour l’organisation.
“I had the privilege of accompanying CEMR at a time when the European project was especially valued,” he recalls. “It was a fantastic period. In many ways, it meant achieving many of our founding objectives.”
Au cœur de cette expérience résidait l’opportunité de travailler aux côtés de dirigeants exceptionnels. Parmi les présidents avec lesquels il a collaboré, il cite Pasqual Maragall [lire ici l’interview de Maragall en tant que chef de cabinet] et Valéry Giscard d’Estaing, figures marquantes qui l’ont profondément marqué. Chacun a apporté sa vision et son influence au travail du CCRE sur la scène européenne.
Un moment de réconciliation : Prague, 1993
De tous les moments qui ont marqué ses années au CCRE, un se distingue particulièrement. L’Assemblée générale tenue à Prague en 1993 reste, pour Chaillou, l’un des événements les plus marquants et symboliquement forts de l’histoire de l’organisation.
C’est à ce moment que le CCRE a accueilli les associations locales et régionales qui venaient d’être rétablies en Europe centrale et orientale, des organisations qui réclamaient leur place après des décennies de régime autoritaire et qui rejoignaient, pour la première fois, la grande famille européenne.
« Ce fut un moment de réconciliation européenne », dit-il. « Toutes les associations du continent étaient réunies. Ce fut sans aucun doute un moment très fort d’affirmation de notre message et, une fois de plus, de l’unité européenne. »
Cette assemblée revêtait une importance qui dépassait largement le cadre institutionnel. Pour les participants, elle illustrait de façon éclatante les valeurs défendues par le CCRE : la démocratie locale et l’intégration européenne n’étaient pas des ambitions distinctes, mais profondément liées.
Les libertés locales au cœur du travail de plaidoyer du CCRE
Au-delà des étapes symboliques, Chaillou souligne également le travail de plaidoyer stratégique mené par le CCRE durant son mandat de secrétaire général. Il mentionne notamment la reconnaissance accordée aux collectivités locales et régionales, qui a permis de garantir que les libertés locales soient non seulement reconnues en principe, mais aussi respectées dans la pratique au sein du cadre institutionnel européen.
Selon lui, cette réussite était le fruit d’une dynamique politique et d’efforts constants. Elle s’est construite grâce aux relations, à la crédibilité et à la clarté du message du CCRE, à une époque où l’Europe cherchait encore à définir son identité.
Le message fondateur du CCRE, toujours d’actualité aujourd’hui
Pour l’avenir, Chaillou est clair sur le défi le plus important. Dans une période marquée par la montée des menaces contre la démocratie, l’instabilité géopolitique croissante et les interrogations renouvelées sur l’avenir de l’intégration européenne, il estime que le CCRE doit renouer avec ses origines et porter son message fondateur avec une conviction renouvelée.
« Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est de renforcer tout cela », dit-il. « Le principal défi est de préserver et de promouvoir la démocratie locale sur tous les territoires ; l’esprit d’autonomie locale et d’intégration européenne. C’est le message fondateur du CCRE. »
Pour Chaillou, ce message est tout aussi pertinent aujourd’hui qu’au début des années 1990. L’Europe, insiste-t-il, ne peut se construire d’en haut. Elle doit s’enraciner dans ses territoires, là où vivent les citoyens, là où se prennent les décisions et là où la démocratie s’épanouit ou vacille.
« L’Europe ne peut se construire sans ses territoires », affirme-t-il. « Et c’est sur ces territoires que les libertés locales doivent s’affirmer. À une époque où les menaces sont nombreuses, notamment face à la remise en cause manifeste de la démocratie, il est essentiel de défendre ce message. »
Consultez l’intégralité de l’interview ici.

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