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Le Parlement européen fixe les priorités du CFP 2028-2034 et remet en question le principe d’« un plan par État membre »


Le 28 avril 2026, le Parlement européen a adopté son rapport intérimaire sur la proposition de la Commission relative au cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034. Cette étape politique majeure servira de base aux négociations menées par le Parlement européen avec les États membres au sein du Conseil sur le prochain budget à long terme de l’UE. Par ce rapport, le Parlement envoie un signal clair : l’architecture budgétaire proposée par la Commission européenne risque de recentraliser le pouvoir de décision et d’affaiblir les investissements territoriaux.

Nombre de messages du rapport font écho aux appels du CCRE en faveur d’un budget qui renforce l’Europe à travers ses villes et ses régions.

En particulier, tout en confirmant les nouvelles priorités en matière de défense et de compétitivité, le Parlement européen garantit le financement de la politique de cohésion et de la politique agricole commune. Il souligne également la nécessité de concrétiser le partenariat et la gouvernance à plusieurs niveaux, notamment dans le cadre des plans de partenariat nationaux et régionaux (PPNR) proposés.

Arjen Gerritsen, commissaire du roi pour le Flevoland (Pays-Bas) et porte-parole du CEMR pour le budget de l’UE, a souligné l’importance de la position du Parlement :

« Les villes et les régions planifient leurs investissements dans l’innovation régionale, la durabilité et l’autonomie stratégique sur plusieurs décennies. Le prochain CFP doit garantir un financement prévisible et soutenir les investissements durables à long terme aux niveaux local et régional. »

Que dit le rapport intérimaire du Parlement européen ?

Un budget européen plus ambitieux, protégé de l’inflation et des pressions de la dette

Le Parlement demande que le CFP atteigne 1,27 % du revenu national brut (RNB) de l’UE et insiste pour que le service de la dette de NextGenerationEU soit traité en dehors des plafonds du CFP (c’est-à-dire sans concurrence avec les dépenses de programmes). Il soutient également une méthode d’ajustement qui protège mieux le pouvoir d’achat du budget face aux chocs inflationnistes. Cela permet au Parlement d’augmenter d’environ 10 % le budget des trois grands postes budgétaires : le modèle social européen et la qualité de vie (y compris les programmes nationaux de développement régional) ; la compétitivité, la prospérité et la sécurité (y compris le Fonds européen pour la compétitivité et Horizon 3D) ; et l’Europe dans le monde, par rapport à la proposition de la Commission.

Un rejet ferme de l’approche « à la carte » pour les États membres

L’un des messages politiques les plus forts du Parlement est son opposition à l’approche de la Commission consistant à proposer « un plan par État membre », soulignant qu’elle risque de renationaliser les politiques de l’UE, de compromettre la dimension européenne des dépenses, de créer une concurrence entre les bénéficiaires et d’affaiblir le principe de subsidiarité et la gouvernance à plusieurs niveaux.

Financement dédié aux priorités de cohésion et sociales

Le Parlement appelle à un financement solide, clairement distinct et adéquat de la politique de cohésion, du Fonds social européen (FSE+) et d’autres politiques de longue date. Il soutient que les montants « non affectés » au titre des programmes nationaux de politique de cohésion (PNPC) devraient être intégralement alloués afin d’assurer la prévisibilité pour les bénéficiaires. Il souligne également le fondement conventionnel de la politique de cohésion et plaide pour une enveloppe dédiée et robuste pour les fonds de cohésion. Toutefois, l’une des principales lacunes du rapport concerne le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEAD), seul fonds de la politique de cohésion à ne pas bénéficier d’un budget spécifique clairement défini. Cette omission fragilise les communes et les régions rurales qui dépendent du FEAD.

Une gouvernance plus transparente : chapitres régionaux et pleine participation des collectivités locales et régionales

Le rapport intérimaire préconise la création de chapitres régionaux (conformément aux cadres institutionnels des États membres) et la pleine participation des collectivités locales et régionales à la conception, à la mise en œuvre, au suivi et à l’évaluation des programmes, en faisant explicitement référence à la gestion partagée, au partenariat et à la gouvernance à plusieurs niveaux. Il constate également que les lacunes du modèle de la Facilité pour la reprise et la résilience n’ont pas été suffisamment prises en compte dans la proposition de Programme national de relance et de soutien aux programmes (PNRPP).

Nouvelles priorités à impact territorial : logement, résilience et réponse aux crises

Le Parlement alerte sur la crise du logement, tant en termes d’accessibilité que de disponibilité, et appelle à des investissements plus stratégiques dans le logement décent, durable et abordable, l’énergie et la sécurité, tous secteurs confondus. Il plaide également pour des instruments de réponse aux crises renforcés et la création d’une réserve de solidarité dédiée aux catastrophes naturelles.

« Nous saluons la position du Parlement européen, qui envoie un signal clair en faveur d’une gouvernance à plusieurs niveaux et du rôle des collectivités locales et régionales dans la mise en œuvre des investissements de l’UE », a déclaré le porte-parole du CCRE. « À mesure que les négociations progressent, il sera essentiel que les collectivités locales et régionales soutiennent activement ces priorités dans leur dialogue avec les autorités nationales. »

Alors même que le Parlement européen adoptait son rapport intermédiaire, le groupe d’experts du CCRE sur la cohésion territoriale s’est réuni avec les représentants des États membres pour faire le point sur l’état d’avancement des négociations relatives au CFP et sur le processus d’élaboration des plans de partenariat nationaux et régionaux. Les discussions ont mis en évidence que ce processus est déjà engagé dans plusieurs États membres, avec des niveaux d’implication variables des associations de collectivités territoriales.

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