Construire l’Europe à partir de la base : le CCRE célèbre 75 ans d’autonomisation des villes, des agglomérations et des régions à travers le continent
Soixante-quinze ans après que les maires et les dirigeants locaux européens se soient réunis à Genève pour jeter les bases de ce qui allait devenir le Conseil des communes et des régions d’Europe (CCRE), l’organisation a célébré cet anniversaire par une discussion tournée vers l’avenir sur une question centrale : les systèmes de gouvernance européens sont-ils équipés pour relever les défis de l’avenir ?
Réunissant plus de 100 dirigeants européens, nationaux, régionaux et locaux, ainsi que des experts et d’autres parties prenantes, cet événement anniversaire a combiné une réflexion sur la contribution historique du CCRE à l’intégration européenne avec un débat sur la manière dont les gouvernements locaux et régionaux peuvent être habilités à répondre à des défis de plus en plus complexes, allant de la compétitivité et des changements démographiques à la crise du logement.
Animé par la journaliste Esther Herrera, l’événement a également marqué le lancement du rapport TERRI 2026, publication phare du CCRE sur la gouvernance territoriale. Cette édition, consacrée au logement, met en lumière une évolution majeure du débat européen sur la gouvernance : la question centrale n’est plus de savoir qui est responsable, mais qui a les moyens d’agir.

Les collectivités locales au cœur de l’avenir de l’Europe
En ouvrant l’événement, le président du CCRE, Christoph Schnaudigel, a rappelé les origines de l’organisation au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et a souligné l’importance permanente de la coopération entre les différents niveaux de gouvernement.
Tout au long de l’après-midi, les intervenants sont revenus à plusieurs reprises sur un thème commun : l’Europe compte de plus en plus sur les gouvernements locaux et régionaux pour apporter des solutions, mais trop souvent, on demande à ces autorités d’en faire plus sans leur fournir les ressources, les capacités ou l’influence nécessaires dans les processus décisionnels.
Karen Maguire, cheffe de la Division du développement régional et de la gouvernance multiniveaux à l’OCDE, a souligné les pressions croissantes qui pèsent sur les villes et les régions du monde entier. Les collectivités locales doivent non seulement gérer un éventail de responsabilités plus large, a-t-elle affirmé, mais aussi faire face à des défis de plus en plus complexes et interdépendants. Entre évolution démographique, pénurie de logements, adaptation au changement climatique et transformation économique, de nombreuses municipalités, notamment les plus petites, peinent à mobiliser l’expertise et les capacités nécessaires pour y répondre efficacement.

Les réformes de la gouvernance doivent renforcer les capacités, et non déplacer les pressions
Un message récurrent des dirigeants locaux était que les réformes de la gouvernance devaient viser à renforcer les administrations locales plutôt qu’à simplement transférer les responsabilités entre les différents niveaux d’administration.
Les participants ont souligné que les collectivités locales et régionales ont besoin d’une autonomie financière suffisante, de capacités administratives adéquates et de personnel qualifié pour mener à bien les priorités européennes. Ces préoccupations rejoignent l’une des principales conclusions du rapport TERRI 2026 : le renforcement des capacités de gouvernance est devenu l’un des enjeux majeurs des politiques publiques en Europe.
La discussion a également mis en lumière l’importance de la coopération intercommunale, notamment pour les petites villes. Des exemples tirés de la Flandre, de l’Autriche et de la Moldavie ont démontré comment la coopération au-delà des frontières administratives peut aider les collectivités locales à fournir des services plus efficacement et à relever des défis qui dépassent les capacités des municipalités prises individuellement.
Partageant l’expérience moldave, Violeta Crudu, maire de la municipalité de Chisnau et présidente du Réseau des femmes maires du Congrès des autorités locales (CALM), a expliqué comment la coopération entre les municipalités a permis de résoudre des problèmes difficiles tels que la gestion des déchets, illustrant les avantages pratiques de la collaboration au niveau territorial.

Un rôle local renforcé dans le prochain budget de l’UE
L’une des discussions les plus attendues portait sur l’avenir du budget de l’UE et les plans de partenariat nationaux et régionaux (PPNR) proposés.
Declan Costello, du SG REFORM de la Commission européenne, a présenté l’objectif de la Commission : simplifier les structures de financement, alléger les charges administratives et instaurer une approche plus intégrée de l’investissement et des réformes. Il a affirmé que le cadre proposé offrirait une plus grande flexibilité et améliorerait l’efficacité des dépenses publiques dans toutes les régions d’Europe. « La Commission a proposé une approche très pragmatique pour le prochain budget de l’UE et, bien que chaque État membre soit libre de décider d’inclure ou non des chapitres régionaux, nous sommes disposés à engager des négociations directes et souples avec les autorités régionales », a-t-il déclaré.
Les représentants des collectivités locales ont exprimé de vives inquiétudes concernant le prochain budget de l’UE.
Wim Dries, maire de Genk (Belgique) et président de l’Association des villes et communes flamandes (VVSG), a transmis un message direct au nom des associations de collectivités locales et régionales de toute l’Europe, insistant sur la nécessité pour les villes, les communes et les régions d’être associées à la définition des priorités du prochain budget de l’UE et d’avoir un accès effectif aux financements destinés à renforcer la compétitivité. Plusieurs intervenants ont averti que, sans une forte implication locale, l’Europe risque de passer à côté d’opportunités permettant d’optimiser l’impact des investissements sur le terrain.

Le logement comme test de gouvernance
La deuxième partie de l’événement était consacrée au logement, thème central du nouveau rapport TERRI.
Les intervenants ont convenu que le logement n’était plus seulement un problème local, mais une préoccupation à l’échelle européenne. Les difficultés d’accès au logement, l’évolution démographique et les inégalités sociales touchent des territoires de toutes tailles, des grandes villes aux zones rurales.
D’après le rapport TERRI 2026, le logement illustre parfaitement le décalage qui peut exister entre les ambitions politiques et les capacités de mise en œuvre. Si les villes, les agglomérations et les régions sont de plus en plus appelées à répondre aux enjeux d’accessibilité au logement et à la pénurie de logements, nombre de leviers politiques essentiels restent du ressort des États. Partout en Europe, les différents systèmes de logement sont confrontés à des contraintes remarquablement similaires, notamment des difficultés de financement, des contraintes d’aménagement et des capacités administratives limitées.
Christian Lamouline, maire de Brechem-Sainte-Agathe (Belgique) et président de Brulocalis, a décrit les difficultés croissantes d’accès au logement à Bruxelles et a souligné l’importance d’articuler la politique du logement avec les transports, les services publics, l’éducation et l’urbanisme. Selon lui, la création de quartiers agréables à vivre exige une approche coordonnée plutôt que des interventions politiques isolées.
Pour Francesco Amodeo, membre du groupe de travail sur le logement de la Commission européenne, le logement illustre l’importance d’une gouvernance multiniveaux. Bien que les responsabilités soient réparties entre différents niveaux de gouvernement, les citoyens en subissent les conséquences, quelle que soit l’autorité formellement compétente. Il a souligné que la réponse européenne doit impliquer tous les acteurs concernés, des collectivités locales et régionales au secteur de la construction, en passant par les coopératives d’habitation et les institutions financières.
Plusieurs intervenants ont souligné la nécessité de solutions à long terme qui dépassent les cycles politiques et les mandats électoraux. L’un des messages clés du Rapport 2026 de TERRI est que le logement ne peut être considéré isolément. Les marchés du logement sont de plus en plus interconnectés avec la mobilité de la main-d’œuvre, les systèmes de transport, l’évolution démographique, les objectifs climatiques et l’aménagement du territoire. Par conséquent, l’efficacité des solutions repose sur une coordination intersectorielle et interniveau de gouvernement, ce qui renforce l’idée plus générale que la gouvernance multiniveaux demeure essentielle pour relever les défis les plus urgents de l’Europe.

Perspectives d’avenir
À l’issue de l’événement, les participants ont réfléchi aux leçons que la démocratie locale peut tirer des 75 dernières années.
Qu’il s’agisse de logement, de compétitivité, de cohésion territoriale ou de réforme de l’administration publique, la même conclusion s’impose : une gouvernance efficace repose sur la confiance, la coopération et des partenariats solides à tous les niveaux de gouvernement.
Soixante-quinze ans après sa création, la conviction fondatrice du CCRE reste inchangée : l’avenir de l’Europe continuera de se construire à partir de la base grâce à une démocratie locale forte, une gouvernance multiniveaux efficace et des gouvernements locaux et régionaux autonomes.
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