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Stratégie de l’UE pour l’égalité de genre : notre réaction 

Gender Equality Strategy 2026-2030 news

Des principes à la pratique : faire en sorte que la nouvelle stratégie de la Commission européenne pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2026-2030 porte ses fruits


La nouvelle stratégie de la Commission européenne pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2026–2030 part d’un postulat essentiel : l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas une question secondaire, mais un principe qui doit façonner la vie publique dans son ensemble. S’appuyant sur la Feuille de route pour les droits des femmes et sa Déclaration de principes pour une société égalitaire, elle définit une vision globale couvrant l’éducation, la santé, le travail, le leadership et la vie en ligne, tout en s’attaquant à la cyberviolence, aux discours anti-genre et aux réactions hostiles à l’encontre de droits durement acquis.

Cette approche reflète étroitement le travail de longue date du CCRE. Depuis près de 20 ans, la Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale défend le même principe : l’égalité doit être ancrée dans des engagements communs, mais les progrès ne peuvent venir que d’actions menées à tous les niveaux de gouvernement. C’est pourquoi le véritable test de la nouvelle stratégie de l’UE, tout comme pour la Charte elle-même, sera sa mise en œuvre.

Cela est important car les femmes et les filles sont encore trop souvent écartées de la vie publique. Le rapport du CCRE intitulé Les femmes en politique : tendances locales et européennes montre qu’environ 32 % des femmes en politique ont été victimes de violences, la cyberviolence connaissant une forte augmentation. Le fait que la stratégie de la Commission s’appuie elle-même sur l’étude du CCRE souligne l’importance de l’expérience locale et régionale dans l’élaboration de l’agenda européen au sens large. L’étude met également en évidence des obstacles structurels plus larges : les femmes sont encore moins susceptibles d’être attirées par la vie politique et, une fois élues, se voient trop souvent refuser les responsabilités les plus influentes. La politique ne peut avoir de sens si elle exclut la moitié de la population.

Les gouvernements doivent donc veiller à ce que la sécurité des femmes et des filles ne soit jamais reléguée au second plan lorsque d’autres priorités se font jour. Les filles doivent sentir que leur voix sera entendue et qu’elle débouchera sur des actions concrètes. Ce n’est qu’alors qu’elles croiront qu’il y a une place pour elles en politique. L’étude la plus récente du CCRE, Local Truth, Shared Trust, renforce ce message en montrant à quel point la confiance dans les institutions est étroitement liée au sentiment de sécurité et d’inclusion des personnes, en particulier pour celles qui envisagent de s’engager dans la vie publique. Les femmes doivent non seulement avoir une voix en politique, mais aussi disposer d’un espace sûr où l’exercer.

Si la stratégie reconnaît certains aspects du travail du CCRE, cette reconnaissance constitue un premier pas bienvenu plutôt qu’une fin en soi. Pour garantir que les ambitions de la stratégie se traduisent par des résultats concrets, il serait utile d’intégrer de manière plus systématique la richesse des données locales et régionales que le CCRE et ses membres ont accumulées au cours des deux dernières décennies. Après tout, l’égalité entre les femmes et les hommes se construit sur le terrain : dans les communes, les villes et les régions où les politiques prennent effet et où les femmes ressentent l’impact de l’action publique sur leur vie. La prise en compte des réalités locales et régionales tout au long du cycle politique de l’UE, de la collecte de données à la conception, la mise en œuvre et le suivi des programmes, aiderait la Stratégie à refléter les expériences vécues par les femmes et permettrait une mise en œuvre plus efficace et inclusive à travers l’Europe.

Alors que le CCRE célèbre le 20e anniversaire de sa Charte, il se réjouit de travailler avec la Commission européenne et ses partenaires à travers l’Europe pour transformer ces principes en changements durables. Ce même message a récemment été porté devant les Nations unies lors de la 70e Conférence sur la condition de la femme, où Flo Clucas, porte-parole du CCRE pour l’égalité des genres, a intégré la perspective locale dans un débat plus large entre femmes et hommes occupant des fonctions publiques : la vie politique locale doit être véritablement ouverte aux femmes comme aux hommes, et les femmes ne peuvent y participer pleinement si leur sécurité n’est pas garantie. Le travail est loin d’être terminé. Mais la direction à suivre est claire : les femmes et les filles doivent pouvoir participer pleinement et en toute sécurité à la vie publique, sans crainte de violence ou d’intimidation, dans chaque ville, région et pays.

Pour plus d’information, veuillez contacter :

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* Photo: EC – Audiovisual Service, Copyright European Union, 2026 – source: https://audiovisual.ec.europa.eu/en/media/photo/P-069195

Le chemin de Bonn vers l’égalité de genre

Bonn - European Charter for Equality signatory

Au cœur des 40 années d’efforts de Bonn pour promouvoir l’égalité de genre


La ville de Bonn (Allemagne) a signé la Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale il y a dix-neuf ans. Pourtant, l’histoire de Bonn en matière de promotion de l’égalité des genres ne commence pas là. Elle remonte à plus de quarante ans, à une époque où l’égalité des genres n’était guère plus qu’une ambition et où les structures nécessaires à un véritable changement étaient quasiment inexistantes.

En 1984, Bonn a créé un Bureau dédié à l’égalité des chances, une initiative audacieuse pour l’époque, qui montrait que l’égalité n’était pas une valeur abstraite mais une priorité de gouvernance. Dès 1991, la ville adoptait ses premiers règlements municipaux sur l’égalité des chances. Dix ans plus tard, en 2001, Bonn adoptait son premier Plan global pour l’égalité des chances, jetant ainsi les bases d’une transformation structurelle et durable du travail, des services à la personne, de la sécurité et de la représentation.

L’engagement de Bonn est resté inébranlable. Aujourd’hui, la mairie maintient une quasi-parité hommes-femmes au sein de sa direction, tandis que les femmes occupant des postes de cadres intermédiaires sont encouragées à assumer des responsabilités de leadership grâce à des programmes de mentorat structurés.

La maire adjointe de Bonn, Ursula Sautter, explique que l’administration locale « défend et promeut des solutions de soins équitables » en raison de la « répartition encore inégale du travail et des soins ».

Sautter souligne également que la ville lutte activement contre toutes les formes de violence et soutient fermement les victimes. Cet engagement est renforcé par la nouvelle loi allemande d’assistance aux victimes de violence de 2025, qui consolide les dispositifs de soutien dans tout le pays.

Bonn est signataire de la Charte européenne pour l’égalité du CCRE depuis 2007, témoignant ainsi de son engagement à traduire les principes en actions. Comme le souligne Sautter, « la Charte européenne pour l’égalité est pour nous une source d’inspiration et d’émancipation, nous unissant à une multitude de villes diverses dans cette entreprise essentielle ».

Ursula Sautter, adjointe au maire de Bonn

20 ans de la Charte européenne pour l’égalité

Cette année, nous célébrons le 20e anniversaire de la Charte européenne des égalités, une étape importante qui invite à la réflexion, à la célébration et à une ambition renouvelée.

Depuis sa création, la Charte est devenue l’un des cadres les plus solides d’Europe pour promouvoir l’égalité aux niveaux local et régional. Aujourd’hui, plus de 2 053 signataires issus de 36 pays font partie de ce mouvement croissant de villes, de communes et de régions engagées à concrétiser les principes d’égalité.

Élaborée par le CCRE en collaboration avec ses associations nationales et ses partenaires de projet, la Charte rassemble diverses visions européennes de l’égalité. Des centaines de représentants locaux et régionaux ont contribué à l’élaboration d’un cadre commun qui prend en compte la diversité des compétences et des contextes à travers l’Europe. La signature de la Charte constitue un engagement public et formel, une promesse de promouvoir l’égalité des genres par le biais de politiques, de programmes et d’actions concrètes mis en œuvre en coopération avec les partenaires locaux et la société civile.

Bien que la Charte ne soit pas juridiquement contraignante, elle se veut volontairement ambitieuse. Le CCRE reconnaît que la réalisation de ces objectifs exige du temps, du dialogue et des changements structurels. C’est pourquoi les signataires sont encouragés à adopter une approche progressive, en identifiant les domaines d’action prioritaires tout en développant progressivement leurs efforts.

Pour soutenir les signataires, le CCRE a créé l’Observatoire européen de la Charte, dédié à aider les autorités locales et régionales à élaborer et à mettre en œuvre des politiques d’égalité fortes.

La mission de l’Observatoire est triple :

  • Soutenir l’élaboration de plans d’action locaux pour l’égalité des genres
  • Suivre la mise en œuvre et les progrès sur le terrain
  • Évaluer l’impact et partager les connaissances à travers l’Europe

En reliant les municipalités, en facilitant les échanges et en rendant les progrès visibles, l’Observatoire veille à ce que la Charte demeure un outil vivant et évolutif, ancré dans la pratique.

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Découvrez l’histoire d’Aubagne (France), qui a signé la Charte européenne pour l’égalité en novembre 2025.

Bonn est membre de l’association Deutscher Städtetag du CCRE.

Pour plus d’informations, veuillez contacter :

Prise de position sur le logement

Housing policy paper - News 2026

Un plan local de logement visant à renforcer le rôle des villes, des communes et des régions face aux défis du logement en Europe


La crise du logement en Europe a atteint des niveaux sans précédent, avec des conséquences directes pour les citoyens vivant dans les villes et les régions du continent. Le plan européen pour le logement abordable constitue un progrès significatif, mais il ne portera ses fruits que si le plein potentiel des collectivités locales et régionales est mobilisé.

Le nouveau document de position du CCRE, intitulé « Un plan local pour le logement », présente des propositions au plan européen pour le logement abordable, arguant que les ambitions de l’Europe ne se traduiront par des résultats concrets que si les villes et les régions sont pleinement habilitées à agir.

Pour y parvenir, le CCRE identifie quatre priorités qu’il faut débloquer pour que les gouvernements locaux et régionaux puissent agir sur le terrain :

1. Mobiliser les investissements là où ils sont les plus nécessaires.

Le financement insuffisant et imprévisible constitue l’un des principaux obstacles au développement de logements abordables et durables dans les villes et les régions. Les collectivités locales et régionales ont besoin de cadres d’investissement à long terme. Le CCRE préconise :

  • Un accès plus simple et plus large aux financements européens et nationaux, notamment à la politique de cohésion et aux instruments du budget de l’UE pour la période 2028-2034, afin que les municipalités de toutes tailles puissent planifier et mettre en œuvre leurs projets.
  • Réformes des règles fiscales et modernisation des aides d’État, en considérant les logements abordables et économes en énergie comme un investissement à long terme plutôt que comme une dépense ordinaire.
  • Un soutien pour renforcer les capacités de construction et l’innovation, des compétences à la construction et à la rénovation circulaires et résilientes face au changement climatique.

2. Permettre une planification plus rapide et plus cohérente pour accélérer la mise en œuvre

Des procédures fragmentées et complexes retardent la construction de logements indispensables dans les États membres. Le CCRE exhorte les autorités européennes et nationales à :

  • Rationaliser la planification et les évaluations environnementales, en réduisant les doublons tout en maintenant des normes de durabilité élevées.
  • Favoriser les approches territoriales, en donnant aux villes et aux régions la flexibilité nécessaire pour accéder aux terrains, régénérer les friches industrielles et planifier des quartiers intégrés et inclusifs.
  • Promouvoir le marché unique de la construction en harmonisant les normes techniques afin de réduire les retards, de stimuler l’innovation et de faire baisser les coûts.

3. Améliorer l’efficacité grâce à la numérisation des permis

La délivrance de permis numériques peut accélérer les rénovations et les nouvelles constructions, mais de nombreuses administrations locales et régionales manquent de ressources pour la mettre en œuvre. Le CCRE préconise :

  • Des financements, des formations et une assistance technique dédiés sont nécessaires pour des systèmes d’autorisation interopérables au niveau local, national et européen.
  • Des directives plus claires à l’intention des candidats et des développeurs permettront d’améliorer la qualité des candidatures.

4. Exploiter pleinement le potentiel de l’Europe grâce à un véritable partenariat à plusieurs niveaux

Le plan européen pour le logement abordable ne réussira que grâce à une véritable coopération entre les différents niveaux de gouvernement. Le CCRE demande :

  • Une gouvernance structurée à plusieurs niveaux, avec la pleine participation des gouvernements locaux et régionaux à la conception, à la mise en œuvre et au suivi.
  • Une plus grande autonomie municipale et une clarification juridique, garantissant que les responsabilités correspondent au financement.
  • Des ressources adéquates pour l’Alliance européenne du logement, avec une participation structurée des gouvernements locaux et régionaux, qui sert également à coopérer au-delà de l’UE pour relever les défis du logement partagé.

Le défi du logement en Europe exige une action rapide et coordonnée. Le plan européen pour le logement abordable établit un cadre important, mais son succès dépendra de sa capacité à donner aux gouvernements les moyens d’agir au plus près des citoyens. En mobilisant les investissements, en assouplissant les règles d’urbanisme, en renforçant l’efficacité numérique et en instaurant une véritable gouvernance à plusieurs niveaux, l’Europe peut passer de l’ambition à la réalisation.

Le « Plan local pour le logement » du CCRE propose une stratégie claire : agir localement, investir judicieusement et collaborer à tous les niveaux de gouvernement. C’est uniquement en travaillant au niveau des villes, des communes et des régions que l’Europe pourra garantir à tous un logement abordable, durable et inclusif.

Pour plus d’informations, veuillez contacter :

Rapport TERRI : consultation des membres

Local Alliance - News Section

Bientôt une nouvelle étude du CCRE sur les rôles et les responsabilités


En 2026, le CCRE mettra à jour son étude phare sur les tendances en matière de gouvernance, le Rapport Terri. La précédente édition, publiée en 2021, était axée sur le rôle des collectivités territoriales dans le secteur de la santé publique. La nouvelle édition mettra l’accent sur la politique du logement, un domaine politique qui illustre clairement la manière dont les responsabilités sont réparties entre les différents niveaux de gouvernement et dont une coordination efficace permet d’obtenir des résultats tangibles et d’améliorer le bien-être des citoyens et des communautés locales.

Depuis de nombreuses années, le CCRE suit l’évolution des territoires et de la gouvernance parmi ses membres, analysant l’impact des changements institutionnels et territoriaux sur la démocratie et la qualité des décisions publiques. Les défis en matière de gouvernance devenant de plus en plus complexes et variant d’un endroit à l’autre, les approches traditionnelles descendantes s’avèrent moins efficaces. Une coordination forte entre les niveaux national, régional et local est donc plus importante que jamais.

Outre la mise à jour des données sur les structures de gouvernance et les réformes administratives, l’étude utilisera le logement comme prisme pour examiner comment les compétences, les ressources financières et les capacités de mise en œuvre sont réparties entre les différents niveaux de gouvernement, et ce que cela implique pour remédier aux disparités territoriales et proposer des solutions adaptées à chaque lieu.

Pour soutenir ce travail, les membres du CCRE recevront début mars 2026 un questionnaire détaillé, adressé aux associations nationales et aux experts ayant une connaissance pratique de la politique du logement au niveau municipal ou régional. Le questionnaire est structuré en deux parties :

• La partie I se concentre sur les dispositifs de gouvernance, les compétences et les réformes.

• La partie II examine la politique du logement comme une étude de cas de coopération à plusieurs niveaux.

Il s’agit d’un exercice approfondi, de niveau expert, plutôt que d’une enquête rapide. Les données recueillies constitueront une base essentielle pour le plaidoyer du CCRE en faveur d’une gouvernance multiniveaux et d’une politique du logement efficaces. Les membres disposeront d’environ trois semaines pour répondre.

L’étude devrait être publiée à l’automne 2026, et le CCRE se réjouit de votre participation à ce travail. Votre contribution renforcera notre base de données collective et notre plaidoyer en faveur d’une meilleure gouvernance et de politiques locales plus fortes à travers l’Europe.

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« Les villes sont des laboratoires de solutions »

ODELL - News 2026

Pol Morillas (CIDOB), la députée européenne Hanna Jalloul et des dirigeants locaux réfléchissent à la géopolitique actuelle et à ses effets en Europe, au désordre mondial et à la raison pour laquelle les dirigeants locaux sont plus importants que jamais


À une époque où la politique mondiale est de plus en plus façonnée par les rivalités de pouvoir et la logique du tout ou rien, les villes et les régions peuvent sembler périphériques sur le grand échiquier géopolitique. Mais selon Pol Morillas, directeur du CIDOB (Centre des affaires internationales de Barcelone), cette perception est profondément trompeuse.

S’exprimant lors d’une réunion de la section européenne de CGLU, aux côtés de la députée européenne Hanna Jalloul, vice-présidente de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, et de représentants de municipalités et de régions de toute l’Europe, M. Morillas a présenté un diagnostic pointu de la situation mondiale actuelle et un argument convaincant expliquant pourquoi les dirigeants locaux et régionaux sont des acteurs essentiels dans la réponse de l’Europe à cette situation.

« Nous entrons dans un monde pour lequel nous n’avons pas été préparés »

M. Morillas décrit 2026 comme l’année où la « géopolitique brutale » aura pris toute son ampleur.

Pol Morillas - CIDOB

« Nous ne vivons pas dans le monde que l’Union européenne souhaitait », a-t-il expliqué. « Les marchés ouverts, la mondialisation fondée sur des règles et le multilatéralisme coopératif défendus par l’Europe cèdent la place à la politique de puissance, aux alliances transactionnelles et au retour de l’État en tant qu’acteur dominant. »

*Pol Morillas, directeur du CIDOB (Centre des Affaires Internationales de Barcelone)

Ce changement dépasse le cadre d’une élection ou d’un dirigeant en particulier. Si le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a accéléré cette tendance, Morillas voit une transformation plus large, impulsée par les grandes puissances, notamment la Chine et l’Inde, qui privilégient leurs intérêts nationaux et une concurrence à somme nulle.

Dans cet ordre émergent, les acteurs réagissent différemment. Certains s’adaptent. D’autres résistent, en particulier les mouvements de jeunesse à travers le monde. D’autres encore sont désorientés.

« Et l’Union européenne, note Morillas, navigue dans cette désorientation. » 

Les trois choix stratégiques de l’Europe 

Selon Morillas, l’Europe débat actuellement de trois grandes stratégies : 

  1. Maintenir l’engagement des États-Unis, même si cela nécessite un apaisement tactique, en particulier dans des domaines tels que la sécurité et le renseignement, où l’Europe ne dispose pas d’une autonomie totale.
  2. Construire de nouvelles alliances avec des puissances moyennes telles que le Japon, l’Inde et les pays du Mercosur afin de préserver les éléments d’un ordre fondé sur des règles.
  3. Rechercher une plus grande autonomie, en particulier dans des domaines tels que la technologie et la géoéconomie — même si, comme le souligne M. Morillas, « on parle souvent plus d’autonomie que d’actions concrètes ».

Ces stratégies coexistent, parfois difficilement, alors que l’Europe tente de se redéfinir dans un contexte mondial plus difficile. 

Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. 

De nouvelles opportunités diplomatiques pour les villes et les régions en tant que « laboratoires pour trouver des solutions »

Alors que la géopolitique fait la une des journaux, M. Morillas affirme que certaines des crises les plus urgentes se concentrent dans les villes et les régions, et que c’est précisément là que réside leur importance diplomatique. « Le rôle des villes et des régions sera particulièrement important lorsqu’elles serviront de laboratoires pour trouver des solutions aux crises qui touchent principalement les villes et les régions », a-t-il déclaré.

Il a notamment mentionné :

  • Le logement
  • Le coût de la vie
  • L’énergie
  • La mobilisation des jeunes et la réponse à leurs revendications

« Ces domaines sont loin de la géopolitique brutale et n’ont pas pour principale composante la défense », a expliqué M. Morillas. « Ils constituent des opportunités faciles à saisir pour les villes et les régions qui souhaitent jouer un rôle diplomatique intéressant. »

En d’autres termes, tandis que les États se disputent la sécurité et la domination stratégique, les gouvernements locaux gèrent les pressions quotidiennes qui façonnent la confiance des citoyens dans la démocratie. Leur capacité à innover et à réagir efficacement devient une forme de diplomatie en soi.

Mobilisation des jeunes et réponse démocratique 

M. Morillas a également souligné une tendance mondiale croissante : la résistance des jeunes à des systèmes politiques nationaux perçus comme peu réactifs.

« Nous voyons de plus en plus de jeunes résister à la politique nationale et proposer des modèles alternatifs de compréhension de la société », a-t-il déclaré.

Pour les villes et les régions, cela représente à la fois un défi et une opportunité. Les gouvernements locaux sont souvent les premiers à être confrontés aux revendications des jeunes, qu’il s’agisse de l’action climatique ou de l’accessibilité au logement. La qualité de leur réponse déterminera la résilience démocratique en Europe.

Un monde multipolaire, y compris au niveau local

La fragmentation de l’ordre mondial remodèle également la coopération entre les villes. Le directeur du CIDOB a souligné l’émergence de nouveaux forums au-delà des réseaux traditionnels dirigés par l’Occident, notamment des initiatives liées au BRICS+.

« Ce monde multipolaire existe également au sein des régions », a-t-il observé. « Les villes et les régions européennes doivent être conscientes de l’existence de ces nouveaux forums. »

L’alignement mondial n’est plus seulement l’affaire des ministères des Affaires étrangères. Il se reflète de plus en plus dans la manière dont les villes coopèrent, s’associent et se positionnent sur la scène internationale.

De la consultation à la codécision en Europe 

Plus important encore, M. Morillas considère que les villes et les régions gagnent en importance au sein même de l’architecture européenne. « Ce n’est pas seulement une question qui concerne les États membres », a-t-il affirmé. « Les villes peuvent jouer un rôle important dans l’architecture européenne, parfois seulement en tant que consultées, mais de plus en plus en ayant leur mot à dire sur l’avenir de l’intégration européenne. »

Des initiatives en matière de logement à la transition énergétique urbaine, les débats politiques européens touchent de plus en plus de domaines dans lesquels les villes ont une compétence première.

Pour faire avancer ce programme, le CIDOB a lancé l’initiative «Local Europe» avec le soutien de la mairie de Barcelone, dans le but de renforcer ce que Morillas appelle « l’Europe des villes ».

Le message sous-jacent est clair : l’avenir de l’intégration européenne ne se décidera pas uniquement dans les capitales nationales.

Comment les dirigeants locaux doivent-ils considérer le monde ?

Comment les dirigeants locaux et régionaux doivent-ils alors considérer le monde, et comment sont-ils perçus au sein de celui-ci ?

La discussion a clairement montré que les villes et les régions ne sont plus des acteurs périphériques, mais des piliers centraux de la crédibilité mondiale de l’Europe. 

GUNNARSSON Carola

Comme l’a également souligné Carola Gunnarsson, porte-parole du CCRE pour les affaires internationales et maire de Sala, en Suède, lors de cette session, « les municipalités et les régions ne sont pas de simples exécutants de la politique européenne. Nous sommes les co-créateurs de la crédibilité de l’Europe ».

*Carola Gunnarsson, porte-parole du CEMR pour les affaires internationales et maire de Sala, lors du Sommet des dirigeants en 2025

Dans un environnement géopolitique marqué par les confrontations idéologiques et les tensions démocratiques, la cohérence entre la gouvernance locale et l’ambition mondiale devient décisive. « Si nous voulons que l’Europe soit un acteur mondial fort, nous devons être cohérents tant au niveau international que local », a-t-elle souligné. 

Faisant écho à cet appel à la cohérence, la députée européenne Hanna Jalloul, vice-présidente de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, a souligné l’impact direct des décisions de l’UE sur la vie quotidienne des citoyens.

Elle s’est toutefois interrogée sur le décalage démocratique persistant : « Pourquoi n’avons-nous atteint qu’un taux de participation de 50 % aux élections européennes ? » Selon Mme Jalloul, « de nombreux citoyens ne réalisent pas pleinement à quel point les décisions économiques et agricoles prises ici les affectent directement ».

*Hanna Jalloul, députée européenne et vice-présidente de la commission des affaires étrangères du Parlement européen (photo du Parlement européen)

Au-delà de la politique interne, elle a souligné l’importance de la cohérence dans l’action extérieure de l’Europe. « Nous parlons de paix, mais notre système multilatéral — que nous défendons depuis 1945 — doit être cohérent. » Dans un environnement géopolitique difficile, a-t-elle fait valoir, l’Union européenne doit aligner ses priorités commerciales et son autonomie stratégique sur ses valeurs fondamentales.

Quand le fossé démocratique atteint le niveau local

Ce fossé entre la prise de décision européenne et la perception des citoyens, qui avertit les participants, n’est pas abstrait. Lorsque les gens ont le sentiment que les décisions sont lointaines, floues ou incompatibles avec les valeurs proclamées, la frustration grandit, et elle se manifeste souvent d’abord au niveau local.

*Eider Enunciaga, porte-parole pour la démocratie locale au CEMR et représentante du conseil municipal de Bilbao, lors de l’événement du CEMR pour le lancement de l’Observatoire européen

Comme l’a souligné Eider Enunciaga, porte-parole pour la démocratie locale au CCRE et représentante du conseil municipal de Bilbao, les dirigeants locaux sont de plus en plus confrontés à l’hostilité et à l’intimidation, tant hors ligne qu’en ligne. « L’avenir de nos démocraties en Europe est en jeu ici », a-t-il souligné, notant que les tensions géopolitiques, la désinformation et la polarisation affectent directement les municipalités et les régions.

En réponse à cette pression croissante, le CCRE, en collaboration avec la ville de Bilbao, l’université Bocconi et l’Association basque des communes, a lancé l’Observatoire européen de la démocratie au niveau local. Cette initiative vise à recueillir des données sur les menaces pesant sur les représentants locaux, à identifier les tendances émergentes et à mieux comprendre les facteurs à l’origine des attaques contre les institutions démocratiques.

« En renforçant la démocratie au niveau local, nous renforçons également le projet européen », a conclu M. Enunciaga.

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Global Europe 2028–2034

Global Europe - position paper

Les collectivités locales et régionales au cœur de « Global Europe 2028–2034 » : notre position politique


Alors que l’Union européenne prépare son prochain cadre financier pluriannuel (CFP) pour 2028–2034, l’instrument Global Europe définira l’action extérieure de l’UE pour les années à venir — englobant la coopération au développement, l’aide humanitaire, le soutien à l’élargissement et l’initiative Global Gateway. Découvrez la position politique détaillée de PLATFORMA, qui expose comment cet instrument stratégique devrait être façonné pour favoriser des partenariats mondiaux durables et promouvoir une gouvernance inclusive.

À une époque marquée par des crises mondiales multiples et interconnectées — du dérèglement climatique à la réduction des financements du développement, en passant par l’instabilité géopolitique — le rôle des collectivités locales et régionales (CLR) est plus crucial que jamais. Le document de PLATFORMA repose ainsi sur la conviction qu’une action mondiale efficace commence au niveau local.

Les collectivités locales et régionales en tant que co-décideurs, acteurs de mise en œuvre et partenaires

La position de PLATFORMA part d’un constat clair : malgré leur proximité avec les citoyens et leur connaissance approfondie des contextes locaux, les CLR restent insuffisamment reconnues dans les cadres de l’action extérieure de l’UE. La coalition appelle à ce que l’instrument Global Europe aille au-delà de références symboliques aux « autorités locales » et intègre des mécanismes qui permettent réellement d’autonomiser les CLR en tant que co-décideurs, acteurs de mise en œuvre et partenaires des politiques extérieures de l’UE.

Recommandations clés

Le document formule 9 recommandations principales à l’attention des décideurs européens :

  1. Renforcer la gouvernance multiniveau dans Global Europe et placer les collectivités locales et régionales au cœur du développement territorial ;
  2. Associer flexibilité et simplification à des objectifs ambitieux d’aide publique au développement, tout en renforçant les mécanismes de redevabilité et de transparence ;
  3. Exploiter pleinement le potentiel de Global Gateway grâce à l’implication des collectivités locales et régionales ;
  4. Renforcer l’engagement des délégations de l’UE avec les collectivités locales et régionales ;
  5. Reconnaître et autonomiser les collectivités locales et régionales en tant que partenaires de développement uniques et efficaces dans les contextes fragiles ;
  6. Promouvoir la territorialisation des Objectifs de développement durable afin de parvenir à des sociétés décarbonées et à une justice climatique ;
  7. Impliquer les citoyens par le biais de l’éducation à la citoyenneté mondiale, en tant que composante clé de la coopération décentralisée au développement ;
  8. Promouvoir une gouvernance locale inclusive et participative : autonomiser les jeunes, les femmes ainsi que les groupes défavorisés et sous-représentés ;
  9. Renforcer la gouvernance locale dans le cadre de la politique de voisinage oriental et de la stratégie d’élargissement de l’UE.

À travers ces recommandations, PLATFORMA vise à améliorer la proposition actuelle relative à l’instrument Global Europe, afin qu’elle reconnaisse pleinement et soutienne la contribution des collectivités locales et régionales à l’action extérieure de l’UE, notamment via la coopération décentralisée comme modalité d’aide au développement.

PLATFORMA appelle également la Commission européenne à publier une communication actualisée sur l’implication structurée des collectivités locales et régionales et de leurs associations dans la nouvelle approche (géo)stratégique de l’action extérieure de l’UE.

Lire la position politique complète

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Rencontre Eider Inuntziaga (Bilbao)

Rencontre avec l’héroïne locale : Eider Inuntziaga, bâtir la confiance depuis les rues de Bilbao


Lorsque Eider Inuntziaga parle des collectivités locales, un mot revient sans cesse : la proximité.

Depuis 2023, elle est conseillère municipale à Bilbao, après plusieurs années d’engagement politique au sein du Parti nationaliste basque. Il s’agit de son premier mandat public, une expérience qui a transformé sa vision de la vie politique.

Auparavant, elle observait la politique de l’intérieur. Aujourd’hui, elle la vit au quotidien — dans la rue, au fil des conversations de quartier et dans les réactions directes des citoyens face aux décisions locales. La distance entre les élus et les habitants est minimale, ce qui rend la politique locale à la fois particulièrement significative et particulièrement exposée. Elle porte également cette expérience au niveau européen en tant que porte-parole du Council of European Municipalities and Regions pour la démocratie locale.

Partout en Europe, ces défis sont de plus en plus visibles. Pour mieux les comprendre et y répondre, le CCRE et ses partenaires, dont la Ville de Bilbao, ont lancé l’Observatoire européen pour la défense de la démocratie au niveau local — une initiative qui collecte des données, documente les menaces et le harcèlement visant les élus locaux et développe des outils pratiques pour mieux protéger celles et ceux qui servent leurs communautés.

Comme elle le souligne :
« Les collectivités locales sont le niveau d’administration le plus proche ; nous sommes le visage de la démocratie. »

Cette proximité crée de la confiance, mais elle concentre aussi les frustrations. Lorsque les citoyens sont mécontents, les responsables locaux sont souvent les premiers — et les plus faciles — à être pris pour cible.

Réseaux sociaux : utiles, mais risqués

Cette visibilité dépasse désormais largement la rue.

Eider Inuntziaga décrit sa relation aux réseaux sociaux comme « ambivalente ». S’ils permettent de créer du lien et de partager des informations, elle en perçoit aussi clairement les dérives.

« Les réseaux sociaux peuvent connecter des personnes et des histoires, et ils peuvent être utiles — jusqu’à un certain point. Mais ils génèrent aussi du bruit, de la polarisation, et parfois de la haine. Cela peut être dangereux. »

Pour les responsables politiques locaux, les effets sont concrets :
« Cela affecte l’intégrité, cela influence notre manière de nous exprimer, et cela peut faire taire certaines personnes. Cela peut pousser des élus à abandonner leur engagement — ou à avoir peur de ce qui se passe. »

Elle limite sa présence en ligne, utilisant principalement Facebook et LinkedIn, et veille à équilibrer soigneusement communication personnelle et communication politique.

La participation au-delà du jour des élections

Malgré ces défis, Inuntziaga reste profondément optimiste quant au rôle que peuvent jouer les collectivités locales pour renforcer la démocratie.

Son approche est simple : rester proche, écouter attentivement et impliquer autant que possible les citoyens. Pour elle, les élections ne sont qu’un point de départ. La participation quotidienne est tout aussi essentielle. À Bilbao, cette philosophie s’est traduite par des initiatives participatives invitant les habitants à contribuer à l’orientation de la ville.

Un exemple est « Bilbao Ville de Valeurs », un processus par lequel les citoyens ont collectivement défini un ensemble de principes communs pour guider la vie publique. L’objectif est de créer un cadre partagé qui renforce le sentiment d’appartenance et lutte contre la désinformation. Il ne s’agit pas seulement d’améliorer les politiques publiques, explique-t-elle, mais aussi de renforcer les relations entre les institutions et les citoyens qu’elles servent.

Tirer les leçons du passé de Bilbao

L’histoire de Bilbao a également façonné sa vision de la gouvernance.

La ville a connu une transformation profonde au cours des dernières décennies — passant du déclin industriel et du chômage à un renouveau fondé sur une planification de long terme et une coopération étroite entre institutions publiques, acteurs privés et société civile. Pour Inuntziaga, cette expérience démontre que le changement ne se produit pas du jour au lendemain et que la stabilité exige de la patience.

Elle évoque souvent trois éléments clés du redressement de Bilbao : la coopération, des valeurs partagées et une vision à long terme. Les solutions rapides fonctionnent rarement. Au contraire, des décisions cohérentes prises en gardant l’avenir à l’esprit permettent de reconstruire progressivement la confiance.

« Les décisions doivent être prises dans une perspective de long terme », affirme-t-elle, décrivant démocratie et stabilité comme des réalités qui se renforcent mutuellement.

Eider Inuntziaga lors du lancement de l’Observatoire européen pour la défense de la démocratie au niveau local.

Ancrée localement, tournée vers l’Europe

Bien que son action s’inscrive dans la politique municipale, Inuntziaga conserve une forte ouverture européenne. Elle suit attentivement les débats au-delà de l’Espagne et s’inspire de dirigeantes telles que Kaja Kallas, qu’elle admire pour sa vision du rôle de l’Europe dans un monde en mutation.

Néanmoins, son engagement reste résolument local. Pour elle, les villes sont les lieux où la démocratie est mise à l’épreuve chaque jour — là où les politiques publiques rencontrent la réalité, et où la confiance se construit ou se perd au fil des interactions quotidiennes.

Ce n’est peut-être pas le niveau politique le plus visible — mais c’est, à bien des égards, celui où la démocratie se vit le plus directement.


Pour en savoir plus, vous pouvez écouter l’épisode complet de Call Simone, également avec Gianmarco Daniele de l’Université Bocconi. Ils y discutent de l’impact croissant du harcèlement et de la désinformation sur les élus locaux en Europe, ainsi que de la manière dont l’Observatoire européen pour la défense de la démocratie au niveau local peut mieux suivre les menaces et protéger la démocratie locale.

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Nouvel épisode de Call Simone

« Si nous avons de la chance, elle sera maire »
Pouvoir, pression et démocratie locale en Europe


La démocratie locale est souvent décrite comme le niveau de gouvernement le plus proche de la vie quotidienne des citoyens. Mais dans toute l’Europe, cette proximité est de plus en plus mise à l’épreuve.

Dans le dernier épisode de Call Simone, nous explorons comment le pouvoir et la pression démocratique s’exercent au niveau local, là où la politique est la plus visible, la plus accessible et, de plus en plus, la plus exposée. Le harcèlement, l’intimidation, les campagnes de désinformation et les menaces font désormais partie de la réalité de nombreux élus locaux. Les conséquences vont bien au-delà des cas individuels : lorsque l’intimidation détermine qui s’exprime, qui se présente et qui reste, la représentation diminue et la démocratie s’affaiblit.

Cet épisode réunit deux voix qui associent expérience politique et recherche rigoureuse :

  • Eider Inunciaga, conseillère municipale à Bilbao, Espagne.
  • Gianmarco Daniele, directeur exécutif de l’unité CLEAN (Université Bocconi, Italie)

Ensemble, ils décortiquent ce à quoi ressemble le harcèlement dans la pratique, pourquoi il est en augmentation, qui est le plus touché et ce que les dirigeants locaux — et les institutions européennes — peuvent faire pour y répondre avec des politiques fondées sur des preuves.

Quand l’intimidation devient un filtre politique

Le harcèlement à l’encontre des élus locaux n’est pas seulement un « mauvais comportement » en ligne, et la manière dont les êtres humains réagissent à ces attaques n’a pas grand-chose à voir avec leur résilience personnelle. Comme le montre cet épisode, l’intimidation peut fonctionner comme un filtre politique : elle décourage la participation, pousse les gens à se retirer et réduit la diversité des voix au sein des conseils locaux.

Pour Eider Inunciaga, ce changement est devenu plus tangible lorsqu’elle est entrée en fonction en 2023. La politique locale est synonyme de proximité : on peut être abordé dans la rue, lors d’événements communautaires, à la sortie des écoles, et la colère est souvent dirigée contre les représentants locaux précisément parce qu’ils sont les plus accessibles. Comme elle le dit : « Les gouvernements locaux sont le visage de la démocratie. » Et cette visibilité s’accompagne d’une exposition.

« Les gouvernements locaux sont le visage de la démocratie, ce qui fait de nous les plus exposés. » – Eider Inunciaga, conseillère municipale de Bilbao

Qui paie le prix le plus élevé ?

Un thème récurrent dans la conversation:  e harcèlement ne touche pas tout le monde de la même manière. Ceux qui sont considérés comme « différents » – les femmes, les représentants des minorités, les politiciens LGBTQIA+ – sont souvent pris pour cible de manière plus agressive, avec un message implicite : vous n’avez pas votre place ici.

Gianmarco Daniele partage les résultats d’une étude menée en Italie qui chiffre ce que beaucoup pressentent déjà. À l’aide d’un ensemble de données soigneusement appariées pour comparer les femmes et les hommes dans des contextes similaires, ses travaux révèlent que les femmes sont trois fois plus susceptibles d’être prises pour cible et que près d’un quart des femmes maires subissent une attaque au cours de leur mandat. Il est important de noter qu’il s’agit d’attaques hors ligne : agressions, voitures incendiées, incendies criminels contre des biens, lettres de menace — et pas simplement d’hostilité en ligne.

Le moment choisi est également révélateur : les agressions se concentrent au cours de la première année suivant l’élection, ce qui correspond à une réaction hostile à la visibilité des femmes au pouvoir et ne s’explique pas par des différences de performance dans l’exercice de leurs fonctions. Le coût démocratique est direct : les femmes qui sont agressées sont moins susceptibles de se présenter à nouveau, ce qui transforme les progrès en matière de représentation en une porte tournante.

Comme le note M. Daniele, nous nous concentrons souvent sur la manière d’attirer des candidats plus diversifiés en politique, mais trop rarement sur les raisons pour lesquelles les gens la quittent.

« Sans données, nous nous battons à l’aveuglette. L’Europe a besoin de preuves comparables pour repérer les risques à un stade précoce et y répondre. » – Gianmarco Daniele, directeur exécutif de Clean Unit, Université Bocconi

La leçon de Bilbao : rétablir la confiance grâce à la participation et aux valeurs communes

L’épisode examine également l’autre côté de l’équation : comment les gouvernements locaux peuvent maintenir la confiance et rester proches des citoyens dans un environnement polarisé.

Pour Eider Inunciaga, le point de départ est la proximité et la participation : la démocratie ne se résume pas aux élections et au jour du scrutin. À Bilbao, elle met en avant le processus « Bilbao, ville de valeurs », dans le cadre duquel les citoyens ont contribué à définir un ensemble de valeurs communes afin de créer un cadre commun pour la vie communautaire. Selon elle, les valeurs communes et la participation font également partie de la réponse à la désinformation : elles renforcent le sentiment d’appartenance et réduisent l’espace dans lequel les fausses informations peuvent se propager.

La longue histoire de Bilbao apporte une perspective supplémentaire. La transformation de la ville, marquée par la crise industrielle, les difficultés sociales, le terrorisme et les inondations de 1983, a été rendue possible grâce à la coopération entre les institutions, aux partenariats avec la société civile et à une vision à long terme. La leçon à en tirer est simple et exigeante : la coexistence ne s’hérite pas, elle se cultive, et la stabilité démocratique nécessite un investissement soutenu.

Des récits aux preuves, et des preuves à l’action

Cet épisode est directement lié au lancement de l’Observatoire européen pour la défense de la démocratie au niveau local : un nouveau partenariat qui rassemble les gouvernements locaux et régionaux (y compris Bilbao et les municipalités basques représentées par l’EUDEL) et la communauté de recherche de Bocconi, avec le soutien du Pays basque et du CCRE.

L’objectif de l’Observatoire est d’aider l’Europe à passer d’histoires éparses à une action coordonnée en reliant les points entre :

  • ce que les élus locaux vivent sur le terrain
  • ce que la recherche et les données peuvent montrer sur les tendances, les facteurs et l’impact
  • ce que les autorités publiques et les institutions peuvent faire pour prévenir, protéger et réagir plus efficacement

Le manque de données au centre de la conversation. Aujourd’hui, il n’existe pas de base de données comparable au niveau européen, même sur les politiciens locaux, sans parler des attaques et des menaces. Sans infrastructure commune de données, les risques sont plus difficiles à détecter à un stade précoce et les réponses politiques sont plus difficiles à évaluer.

Comme l’explique Daniele, des données plus fiables apportent non seulement une meilleure compréhension, mais aussi une meilleure visibilité. En Italie, on constate en moyenne plus d’une attaque par jour, mais la question reste souvent confinée à l’actualité locale et attire rarement l’attention de la classe politique au sens large. Les données peuvent contribuer à transformer une tendance cachée en une priorité européenne commune.

À propos de Call Simone

Call Simone est le podcast du CCRE sur le pouvoir et la démocratie en Europe, vu à travers le prisme du niveau local. Chaque épisode réunit des dirigeants locaux, des initiés et des chercheurs pour explorer qui a sa place à la table des négociations, qui en est exclu et pourquoi cela est important pour l’avenir de l’Europe.

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Appel d’offres : Partenariats UE-Ukraine

Call for Proposals - News 2023

Mise en place de partenariats municipaux entre l’Ukraine et un pays partenaire européen dans le cadre du projet « Vers une communauté de Bridges of Trust»


Le Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE) souhaite établir de nouveaux partenariats entre les communes ukrainiennes et celles de différents pays européens.

Le CCRE recherche un prestataire de services pour la mise en œuvre de certaines activités dans le cadre de cette phase, afin d’apporter une expertise et un soutien spécifiques dans le pays concerné. Ce prestataire travaillera en étroite collaboration avec le CCRE, l’Association des villes ukrainiennes (AUC) et, le cas échéant, avec d’autres partenaires de la Communauté « Bridges of Trust ».

L’appel à projets est divisé en plusieurs lots :

  • Lot 1 : Belgique
  • Lot 2 : Chypre
  • Lot 3 : Finlande
  • Lot 4 : France
  • Lot 5 : Italie
  • Lot 6 : Lettonie
  • Lot 7 : Malte
  • Lot 8 : Pays-Bas
  • Lot 9 : Norvège
  • Lot 10 : Portugal
  • Lot 11 : Espagne

Les candidats peuvent postuler à un ou plusieurs lots. Tous les documents doivent être soumis séparément pour chaque lot. Le cahier des charges décrit les services requis pour chaque lot.

  • Date limite de dépôt des candidatures : 3 février 2026 à 14h00 (CET)
  • Durée du contrat : février 2026 – juin 2026
  • Budget : Offre financière pour les services jusqu’à 14 000 euros HT. Les coûts des activités (par exemple, les frais d’interprétation pour les événements, les frais de déplacement liés aux stages et aux événements) seront directement pris en charge par le projet BoT.

Les organisations ou experts intéressés sont invités à soumettre leur candidature par courriel à application@ccre-cemr.org avec pour objet :

« Établissement de partenariats municipaux entre l’Ukraine et [Nom du pays européen] ». Veuillez préciser le ou les lots pour lesquels vous candidatez.

Les questions peuvent être envoyées à twinning@ccre-cemr.org avant le 30 janvier 2026.

Pour plus d’informations, veuillez consulter les termes de référence ici.

Autres liens :

Pour plus d’informations, veuillez contacter :

Lauréats du prix Sakharov 2025

Sakharov Prize 2025

Prix Sakharov 2025 : aux côtés de celles et ceux qui défendent la liberté de pensée


Le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit est la distinction la plus prestigieuse du Parlement européen en matière de droits humains. Créé en 1988, il récompense des personnes et des organisations faisant preuve d’un courage exceptionnel dans la défense de la démocratie, de la liberté d’expression et des libertés fondamentales, souvent dans des contextes de répression sévère.

Décerné chaque année, le Prix est à la fois une reconnaissance et un appel à l’action : il rappelle que la liberté de pensée n’est jamais acquise et qu’elle doit être défendue activement.

Les lauréats 2025

Le 16 décembre 2025, le Parlement européen a attribué le prix Sakharov à Mzia Amaglobeli, de Géorgie, et à Andrzej Poczobut, du Bélarus, deux journalistes emprisonnés pour leur engagement en faveur de la vérité, de la démocratie et des droits humains.

Andrzej Poczobut, journaliste, essayiste et militant issu de la minorité polonaise au Bélarus, critique de longue date du régime de Loukachenko, est détenu depuis 2021. Il a été condamné à huit ans de colonie pénitentiaire à l’issue de poursuites à caractère politique. Sa santé s’est détériorée, l’accès à sa famille lui est refusé, et pourtant il demeure un symbole de résistance face à la répression autoritaire.

Mzia Amaglobeli, journaliste géorgienne et directrice des médias indépendants Batumelebi et Netgazeti, a été arrêtée en janvier 2025 après avoir participé à des manifestations pro-démocratie. Condamnée à deux ans de prison, elle est devenue la première femme prisonnière politique en Géorgie depuis l’indépendance du pays, et un symbole puissant des aspirations démocratiques géorgiennes.

En annonçant les lauréats, la présidente du Parlement européen Roberta Metsola a déclaré que « tous deux ont payé un prix très lourd pour avoir dit la vérité au pouvoir, devenant des symboles de la lutte pour la liberté et la démocratie. Le Parlement se tient à leurs côtés, ainsi qu’aux côtés de toutes celles et ceux qui continuent d’exiger la liberté. »

Démocratie, valeurs de l’UE et élargissement

Le prix Sakharov reflète l’engagement de l’Union européenne en faveur de la défense de la démocratie au-delà de ses frontières. Tant au Bélarus qu’en Géorgie, le recul démocratique, la répression des médias indépendants et les attaques contre la société civile menacent non seulement les libertés nationales, mais aussi la trajectoire européenne de ces pays.

Le Parlement européen a appelé à plusieurs reprises à la libération immédiate et inconditionnelle des deux journalistes et a adopté des résolutions condamnant la répression, l’emprisonnement politique et l’érosion des institutions démocratiques.

Défendre la démocratie à partir du terrain

Au CCRE et à PLATFORMA, la défense des valeurs démocratiques est au cœur de notre action, avec une attention particulière portée au contexte de l’élargissement de l’UE et du Partenariat oriental. À travers la coopération avec les gouvernements locaux et régionaux, les associations nationales de collectivités locales (telles que la NALAG dans le cas de la Géorgie) et la société civile, nous soutenons la gouvernance démocratique, la liberté d’expression et la résilience institutionnelle.

La démocratie locale est souvent la première cible des pressions autoritaires mais aussi la première ligne de défense. En renforçant les acteurs locaux et régionaux, en soutenant l’échange entre pairs et en promouvant les valeurs de l’UE, le CCRE et PLATFORMA contribuent à une Europe démocratique, inclusive, résiliente et ancrée dans les droits fondamentaux.

Le prix Sakharov nous rappelle que la démocratie repose sur le courage, mais aussi sur la solidarité.

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